Fils de personne offre à Romain Duris un rôle fort et intime : celui d’un père adoptif qui part à la recherche de la véritable mère de son fils. Un voyage touchant aux confins de la Thaïlande.
Fils de personne raconte le parcours d’un homme marqué par le deuil de sa compagne, qui embarque dans une quête profondément humaine avec le petit Mapring, âgé de quatre ans. Cette virée thaïlandaise se transforme rapidement en un pèlerinage laborieux.
À travers ce récit, Safy Nebbou produit une œuvre tournée vers l’émotion pure. Il s’adresse à celles et ceux qui ont choisi l’adoption, tout en explorant plus largement une pratique souvent liée à l’abandon, à la pauvreté ou à la maltraitance. Dans Fils de personne, il est surtout question d’un contexte thaïlandais fragile, décrit dans toute sa modestie, marqué par une précarité palpable et une économie vacillante. Dans ce décor, Thomas s’enlise peu à peu dans sa recherche de la mère biologique de l’enfant. Face à lui, Mapring demeure attaché au souvenir de celle qu’il considère encore comme sa véritable mère. À travers ce schéma narratif, Nebbou explore les conséquences émotionnelles d’une procédure adoptive douloureuse et le poids persistant de l’absence maternelle.
Sur le fond, Fils de personne vise juste. Son scénario, qui se résume à la quête d’une impossible retrouvaille, convoque des sentiments d’une sincérité désarmante. Romain Duris livre une performance tout en retenue qui porte le film sur ses épaules. Sur la forme, en revanche, Nebbou recherche parfois tellement l’émotion qu’il privilégie le conformisme et une certaine tendance à l’emphase. Pourtant, l’enjeu demeure captivant : la figure de l’enfant déraciné nourrit l’intérêt, même si l’écriture paraît parfois trop fragile pour soutenir pleinement ses ambitions.
Des défauts affleurent dans un film qui reste néanmoins profondément humain. Thomas apparaît comme un homme traversé par le doute, incapable d’assumer pleinement son nouveau rôle, tandis que l’enfant demeure prisonnier d’un passé qu’il refuse d’abandonner. Fils de personne trouve ainsi sa plus grande force dans l’introspection de son personnage principal, dévasté et fébrile face à une responsabilité qui le dépasse. Le voyage entrepris prend alors la forme d’un road movie initiatique où il est avant tout question d’apprentissage.
La mise en scène de Safy Nebbou parvient par moments à rendre compte de ces tourments grâce à des cadrages resserrés et à une utilisation mesurée de la musique. L’absence de dialogues explicatifs laisse souvent la place aux regards, aux silences et aux non-dits. Pour le reste, le film adopte un classicisme assumé, sublimé par les paysages thaïlandais, dont la beauté luxuriante contraste avec la rudesse du quotidien. Tout repose ici sur le registre dramatique, soutenu par des flash-back qui relient le passé au présent afin d’en éclairer les enjeux.
Plus généralement, Fils de personne interroge les difficultés liées à l’adoption, ses conséquences humaines, le déracinement et la question des origines. Le long métrage dépasse finalement l’anecdote pour livrer une réflexion sensible sur ce qui relie profondément les êtres humains : l’identité.
La bande-annonce de Fils de personne:
