Critique-La Chaleur: des vacances sous tension

Avec La Chaleur, Stéphane Demoustier s’impose de plus en plus dans le paysage cinématographique français grâce à un film qui oscille entre ambiance estivale et vision d’un camping ébranlé par une disparition. Tendu et clinique.

Marouane, jeune homme de 17 ans, est censé passer sa dernière journée de vacances sous les meilleurs auspices. Lorsqu’un geste malencontreux provoque l’inévitable, ces ultimes heures joyeuses se transforment en un cauchemar anxiogène et suffocant.

De ce simple synopsis, Stéphane Demoustier tire un long métrage au climat crépusculaire et inquiétant, sur fond de gamineries estivales, de garçons attirés par les midinettes et d’un lieu où les vacanciers disposent des commodités les plus festives. Ce camping, le cinéaste en fait un décor de polar, le filmant dans sa grandeur comme dans ses moindres recoins, où le personnage finit par entamer une déambulation hagarde. Dans sa forme, La Chaleur surprend par son idée de transformer son unité centrale en un univers de huis clos inquiétant, où le sentiment d’une chape de plomb finit par s’abattre. Du bar à la piscine, des chemins entre les emplacements jusqu’à la plage, la caméra n’élude rien de ce qui fait l’attrait d’un lieu de vacances, bousculé par la disparition soudaine d’un jeune homme. Dans ce milieu tourbillonnant, Marouane devient le pion d’un échiquier brinquebalant, secoué par la peur d’être découvert et par la culpabilité.

Demoustier maîtrise l’oscillation entre ces deux notions, en choisissant de composer ses plans larges et ses mouvements de caméra pour prendre le pouls des promenades animées par les discussions d’adolescents pubères. La Chaleur englobe tout sur son passage, livrant une cinématographie qui exploite toute la richesse d’un cadre aussi beau que chaleureux, avec, en toile de fond, le sentiment d’une fin de vacances. Pourtant simplissime dans sa conception, ce nouveau long métrage sait embrasser les codes du polar sous tension tout en montrant l’intégralité d’une atmosphère régie par la détente et les activités en tout genre. Dans cet ensemble, les personnages apportent plusieurs nuances à une forme d’ambivalence assumée : la quiétude évidente des jeunes campeurs face au doute croissant d’un Marouane divaguant en tee-shirt sous le cagnard.

La Chaleur possède une proposition concrète : utiliser l’aspect métaphorique du soleil, d’une chaleur aussi brutale que psychologique, qui agit comme une épée de Damoclès au-dessus des personnages, donnant l’impression d’une souffrance davantage émotionnelle que corporelle, comme si la température participait au climax général du film. Dans sa mise en scène, Demoustier privilégie la sensorialité, celle des rayons du soleil jusqu’au dévoilement des corps féminins et masculins. Une autre sensation se diffuse également : celle du temps suspendu, d’une journée qui semble durer bien plus de vingt-quatre heures, les minutes et les heures s’égrenant au rythme des craintes de Marouane, caractérisé comme empêché de ressentir la moindre émotion positive. Plus contemplatif, choix artistique permettant de resserrer la tension et d’accorder une importance particulière aux dialogues qui renferment cette antinomie entre la joie et l’anxiété, Demoustier concocte un polar touristique, autant pressoir qu’enfer psychologique, révélant progressivement d’autres facettes.

La Chaleur explore plusieurs thèmes liés à l’adolescence : le passage brutal à l’âge adulte, le sens des responsabilités, une extrême culpabilité qui fait basculer dans une autre dimension, le tout mêlé à des sentiments plus juvéniles, comme la recherche effrénée du sexe et de la séduction. Le film navigue constamment entre deux humeurs, entre un réalisme brut du quotidien d’une résidence de vacances dominée par les amourettes éphémères et une libido en éveil, et un fait divers dramatique qui efface peu à peu cette insouciance. À partir de ce drame, Stéphane Demoustier livre une nouvelle œuvre à la chaleur accablante où il n’est pas seulement question de la conscience, mais aussi de faire de ce simple décor festif un territoire où deux mentalités se confrontent.

La bande-annonce:

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