Présenté au Festival du cinéma français d’Aix-les-Bains, Un grand raccourci de Armand Foëx et Clément Devilliers suit deux trajectoires parallèles qui finissent par se croiser au cours d’un même été. D’un côté, deux cousins bretons relâchent des rats pour tenter de sauver le restaurant familial menacé de fermeture. De l’autre, deux jeunes femmes trafiquent le concours de beauté local pour mettre en avant leurs bijoux.
Le récit repose sur cette mécanique de quiproquos, de stratagèmes chaotiques et de débrouille, tout en dessinant le portrait d’une jeunesse rurale confrontée à des rêves avortés. Les paysages bretons ne font pas que décorer l’arrière-plan : ils incarnent une géographie de l’entre-deux, entre attachement au sol natal et désir diffus d’un ailleurs qui ne se formule pas encore tout à fait. C’est dans ce flottement que le film trouve sa vérité — celle d’une jeunesse française tiraillée entre l’envie de partir et la culpabilité de laisser derrière soi.

Mais au lieu de céder à la résignation ou de sombrer dans les bons sentiments, l’ensemble conserve une forme d’ingénuité et d’espoir. Entre désir d’avenir, hommage à une grand-mère récemment disparue et remise en question des diktats de la beauté, l’œuvre pose aussi, en filigrane, la question de l’héritage familial et du sentiment d’appartenance : comment honorer ce qu’on a reçu sans en être prisonnier ? Comment préserver une tradition — un restaurant, un savoir-faire, une façon d’être ensemble — face aux pressions d’une société moderne qui ne laisse guère de place aux marges ? L’ensemble trouve un vrai souffle dans son énergie collective, précisément parce qu’il ne tranche pas ces questions, mais les laisse respirer.
La mise en scène accompagne ce mélange avec des passages musicaux soignés, qui font alterner chants français et musiques brésiliennes. Ces respirations musicales ouvrent le récit à d’autres horizons et participent à créer une atmosphère à la fois légère et sensible.
Porté par un casting solide, Un grand raccourci avance sans céder au pathos et conserve une forme de grâce bienvenue. Les interprètes, professionnels comme non-professionnels, habitent leurs personnages avec naturel et leur apportent une véritable présence.
Cette comédie douce-amère sur les rêves avortés, la débrouille rurale et les hasards de la vie séduit par sa vivacité. Elle propose une chronique de l’entrée dans l’âge adulte où des destins apparemment éloignés finissent par se percuter, et où l’humour, l’amitié et la solidarité jouent un rôle central.
La bande-annonce:
