Dans Garance, de Jeanne Herry, Adèle Exarchopoulos campe une jeune femme paumée qui se responsabilise et lutte contre son addiction. Un portrait implacable et poignant.
Jeanne Herry poursuit son cheminement autour du thème de la reconstruction, déjà entamé avec Je verrai toujours vos visages. Ici, pas de justice restaurative, mais la volonté de restaurer un esprit ravagé par l’alcool. Garance est une jeune actrice portée sur la boisson, qui voit ses idéaux personnels et professionnels s’effondrer l’un après l’autre.
Nourri par le réel et inspiré d’un véritable témoignage, le récit de Garance explore sans détour les mécanismes de l’addiction : comment on y entre, mais surtout quelles sont les difficultés pour s’en sortir. Jeanne Herry cherche à explorer des situations qui génèrent de la matière humaine. Son cinéma raconte les doutes, les failles, la chute, le désir de se vautrer dans une situation devenue désastreuse, puis la volonté de trouver enfin une porte de sortie.

En cela, Garance traduit avec une certaine lucidité le parcours sinueux et chaotique du retour à l’équilibre. Clinique et radical, avec le souci de fictionnaliser le réel, le scénario avance par soubresauts et provoque un uppercut précis, suffisamment fort pour susciter des réactions émotionnelles. Dans ce chemin vers la sortie de l’addiction, Garance est dépeinte comme une femme qui assume, sait réagir quand il le faut et cherche des solutions face à l’une des addictions les plus destructrices.
Sans être vraiment doloriste, puisqu’il n’est pas question d’enfoncer le clou ou de faire du danger le moteur du récit, le film préfère parler d’écoute, de corps et de signaux à interpréter. La parole devient alors un moyen de reprendre pleinement possession de son existence.

Dans sa mise en scène, Jeanne Herry s’attache à montrer l’impulsivité de son personnage, prise dans un enchevêtrement de dégringolades, tout en filmant sa longue démarche médicale auprès d’une professionnelle de santé. En parallèle, l’arrivée de Pauline, jouée par Sara Giraudeau, introduit une forme de romantisation qui vient adoucir le propos tout en créant une véritable attirance pour ce personnage tourmenté par un sujet de santé publique qui concerne tout le monde.
Garance propose ainsi un portrait particulièrement réaliste de l’alcoolisme au féminin, porté par l’interprétation d’Adèle Exarchopoulos. L’actrice sait faire exister les forces comme les faiblesses de son personnage avec un naturel qui renforce encore la portée du film.
