Avec Les Éléphants dans la brume, Abinash Bikram Shah propose une immersion dans une strate de la société népalaise, les Kinnar, communauté marginalisée du fait de son identité de genre. Un film informatif.
Dans un village du Népal contemporain, la communauté Kinnar, fondée sur l’identité transgenre, vit avec le danger persistant des éléphants, dans une nature faite de brouillards et de brumes. Lorsqu’une personne trans disparaît, c’est tout un peuple qui est chamboulé.
Le Népalais Abinash Bikram Shah s’est en amont documenté sur les Kinnar, de manière précise, pour comprendre leur fonctionnement, avec cette Guru Mata, sorte de grand-mère protectrice qui veille sur un village scindé en foyers et dirigés par des mères. Pirati en est une, et elle doit imposer et faire respecter des règles à son entourage. Par ce biais, le cinéaste s’attache à décrire les fondements d’une culture liée aux identités de genre, aux coutumes, aux tenants et aux aboutissants d’un peuple atypique, trop souvent la cible de commentaires haineux.

Les Éléphants dans la brume est un véritable parcours à la découverte de ces personnes marginalisées, en dépit de certaines lois les protégeant. La documentation effectuée au préalable fait de ce film un outil efficace pour décrypter et comprendre cette communauté, tout en donnant l’impression de voir un thriller niché au cœur des vallées du pays.
Ces éléphants, pourtant jugés sacrés et divins, se transforment en menace sourde que l’utilisation du hors-champ rend invisible, avec une présence simplement suggérée par le travail du son et de la lumière, volontairement mystérieuse et inquiétante. Bikram Shah fait de ces animaux dits majestueux la matière d’un suspense, mais également la métaphore de personnes totalement invisibilisées.
Les Éléphants dans la brume n’est pas un film queer, mais réellement une certaine idée de la représentation d’une partie de la population transgenre dans un pays qui s’ouvre, bien que difficilement, aux idées progressistes. La mise en scène évolue vers une part d’ombre et de mystère, représentant les mammifères aux grandes oreilles comme le reflet et le miroir de l’inacceptation et de la marginalisation.

Le personnage principal, Pirati, devient l’emblème de cette partie de la société, un élément intéressant d’une organisation solidement structurée, vivant plus ou moins en autarcie. Tiraillée entre son identité de genre et son attirance pour un homme, elle reflète un sentiment de décalage, mais aussi de liberté.
Mais Les Eléphants dans la brume s’évertue surtout à montrer la place de cette communauté, son importance, et ainsi à révéler une autre facette du Népal, en proie à une division entre transformations et contradictions.
