Critique-La Gradiva: entre l’adolescence et la majorité

Récompensé lors de la Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2026, La Gradiva, de Marine Atlan, est autant un film nostalgique des années lycéennes qu’un film sur la difficile transition entre l’adolescence et l’âge adulte.

La Gradiva, c’est l’histoire d’un groupe de jeunes de terminale qui font un voyage de fin d’année en Italie, à Pompéi. Alors que les résultats de Parcoursup se font attendre, les craintes surviennent.

La Gradiva

La Gradiva surprend par sa richesse scénaristique, avec des axes de lecture doublement passionnants. Le récit s’étale comme un carnet de bord d’expédition, à la découverte d’un paysage italien, d’une histoire et d’une culture. Marine Atlan filme ce périple avec un réalisme des plus purs, pouvant rappeler à certains les joies et les mésaventures d’un voyage scolaire en groupe, avec ses proximités, sa jeunesse et ses indisciplines. Guidée par une professeure au bout du rouleau, la petite bande offre un premier angle de lecture intéressant, ouvrant sur une forme de nostalgie manifeste : celle des années lycée, avec l’insouciance, la recherche du sexe et la naïveté.

Toute la forme du film se dévoile comme une aventure géographique, où de nombreux instants rohmeriens se figent dans le marbre des statues. Marine Atlan plante sa caméra à l’intérieur des monuments et filme l’enseignante déroulant son savoir historique, regorgeant de références culturelles diverses et de passions. Il y a alors quelque chose de profondément vivant dans ces moments, comme si le voyage scolaire devenait progressivement un espace de transmission, mais aussi de souvenirs à venir.

Le second axe de lecture réside dans ce qui pourrait être un miroir reflétant les doutes des lycéens actuels : celui de la poursuite de leur avenir, décidé ou non par une plateforme d’orientation. Mais il est surtout question de la délicate rupture avec le monde conventionnel et encadré du lycée, pour faire le saut vers un environnement plus adulte. En cela, Marine Atlan capte les difficultés et les incertitudes d’un personnage perdu dans ses défaillances, dans la quête de ses origines et face à un futur incertain, opposé à celui, plus clair, de son meilleur ami.

La Gradiva

Tout est une histoire de rêves plus ou moins accessibles, qui fait écho au titre, La Gradiva, inspiré d’une nouvelle de l’écrivain allemand Wilhelm Jensen retraçant l’obsession d’un archéologue pour un bas-relief représentant une femme en marche, baptisée Gradiva. La cinéaste française a découvert ce récit dans les travaux de Sigmund Freud sur l’interprétation des rêveries. Le titre prend alors une dimension supplémentaire : derrière le voyage, les paysages et les découvertes, il y a aussi cette idée d’une adolescence qui cherche une figure, un chemin, une direction à suivre.

Le choix de ce titre fait effectivement un bon contrepoint au contenu d’une œuvre qui a su se documenter pour représenter avec justesse le réalisme d’un voyage scolaire. Confondant de justesse, ce long-métrage se démarque de l’effet carte postale italienne pour délivrer une dramaturgie sensible et lucide sur l’état de cette adolescence qui doit trouver son chemin, ainsi que sur cette transition difficile mettant en lumière de douloureux questionnements existentiels.

Ainsi, La Gradiva, sous son aspect aventuresque et photographique, ne fait qu’immortaliser le sujet important de la santé mentale à travers la destinée de ce personnage principal, représenté dans une sorte de décalage social affleurant. Le film ne cherche pourtant jamais à surligner ses difficultés : elles apparaissent dans les silences, les hésitations, les relations avec les autres et cette impression permanente d’être à côté du chemin que l’on attend de lui. Pas loin d’être un teen-movie, La Gradiva offre de larges tentations méditatives et oniriques, creusant, sous son filtre naturaliste et ensorcelé, les tensions et les malaises existant au sein d’un système.

Marine Atlan filme ainsi une jeunesse située entre deux mondes : celui, rassurant mais désormais terminé, du lycée, et celui, plus vaste et plus incertain, de l’âge adulte. Derrière les paysages de Pompéi et les souvenirs d’un voyage scolaire, La Gradiva immortalise finalement un moment de bascule, celui où les rêves doivent commencer à prendre une direction.

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