Critique-Minotaure: une trajectoire en chute libre

Grand Prix du Festival de Cannes 2026, Minotaure, d’Andreï Zviaguintsev, relate la descente vertigineuse d’un homme en pleine déliquescence personnelle et professionnelle.

Gleb, chef d’entreprise, est contraint de fournir aux autorités russes une liste d’employés destinés à être envoyés sur le front. En parallèle, sa vie de couple est marquée par l’infidélité de sa femme.

Après plusieurs années d’absence, Andreï Zviaguintsev est donc revenu sur la Croisette pour présenter ce film à double lecture : une critique de l’enrôlement contraint, du pouvoir russe et de cette guerre destructrice, mais aussi une dénonciation d’une société soumise à une pression de plus en plus constante. Dans sa forme, Minotaure traite deux sujets en un, mais son principal ressort dramatique reste le parcours d’un homme qui voit ses idéaux s’envoler. Symbole d’un climat autoritaire et méritocratique, ce chef d’entreprise pourtant prospère cède aux règles sociétales qui lui sont imposées. Zviaguintsev met ainsi en scène le mental vacillant d’un homme perdu dans ses incertitudes et souvent dépassé par les événements.

minotaure

Avec des choix artistiques parfois froids et une rigueur clinique, le cinéaste russe épingle la politique de son propre pays en l’intégrant à la désintégration progressive d’une vie familiale marquée par l’infidélité. Traité comme un second message, le récit de la dissolution d’un couple, qui bascule dans une violence meurtrière, apparaît comme l’aboutissement d’une chute fatale et vertigineuse, provoquée par une situation sans issue.

Alors que la première partie de ce long-métrage traite principalement de cette fameuse liste à transmettre, avec un lien certain avec Léviathan sur le thème de l’écrasement d’un individu par tout un système totalitaire, la seconde dévoile le visage d’une masculinité piquée à vif. Tout comme dans Le Retour, la figure masculine est filmée comme une présence profondément menaçante. Zviaguintsev convoque ici ses thèmes récurrents, articulant son récit autour de deux blocs qui s’opposent, avec, en toile de fond, la collision entre différents rapports de force, institutionnels et familiaux.

Minotaure

Minotaure se transforme alors en un thriller captivant qui place la famille au centre des dissensions, comme un espace de destruction de ce monde, déjà entrevu dans Faute d’amour. Mais ici, deux univers s’effondrent simultanément et c’est par ce biais que le film devient progressivement une œuvre brute et radicale, décrivant les mécanismes psychologiques d’un personnage englué dans une violence dont il ne peut sortir. Le tout est sublimé par des plans mécaniques et ciselés, qui détaillent la spirale infernale de la tentation du meurtre, jusqu’à son assouvissement prémédité et calculé.

Minotaure pose aussi la question de l’influence de la politique sur les comportements dangereux, une problématique qui traverse toute la filmographie du réalisateur. Ce nouvel opus apparaît comme la convergence finale de toutes ces interrogations. Agissant comme une synthèse, Minotaure montre avec une acuité troublante que le danger ne réside pas uniquement dans le pouvoir en place, mais peut-être aussi, et surtout, dans l’homme lui-même.

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