Critique- Gouffres et merveilles- ce que laissent les parents

Pour son nouveau film-documentaire, Gouffres et merveilles, Jean Boiron-Lajous embarque son amie Christine Dancausse dans un road-trip qui révèle les fêlures laissées par l’absence morale et physique des parents.

Gouffres et merveilles fait voir le périple routier d’un duo amical, lié par une problématique commune, le décès d’un parent. Christine accepte de vouloir partir voir sa mère et découvrir une lettre d’adieu laissée par son père.

Ainsi s’engagent dans une aventure à bord d’une voiture, parsemée de moments où Christine se met à plonger dans ses souvenirs douloureux et raconter le caractère destructeur d’une génitrice absente qui ne l’a pas vraiment aimée. Le concept de ce documentaire rejoint celui de Maman Déchire ou de Dites-lui que je l’aime, dans le sens où les blessures liées aux lacunes éducatives pèsent lourdement sur le présent d’une adulte. Christine est un personnage attachant, qui se livre ouvertement, sans détour, et dresse le portrait d’une maman dénuée de toutes responsabilités. La caméra de Boiron-Lajous capte ces instants, dans ce voyage aux allures de questionnements existentiels et de recherche de vérités.

gouffres et merveilles

Tout cela semble si proche de tout un chacun qu’il est aisément facile de s’identifier aux paroles, aux émotions, dans ce Gouffres et merveilles qui cherche aussi à comprendre les raisons d’un suicide et l’impact dévastateur que ce genre d’événements provoque dans la psychologie de ceux qui choisissent de rester. L’intrigue repose sur la présence de ces lettres, décrites comme la réponse à toutes les questions, mais qui semblent toutefois réserver leur lot de surprises et de mystères, comme si les révélations inscrites sur papier devaient ébranler un peu plus ce qu’il reste d’équilibre.

Comme Hors-service, Boiron-Lajous réalise un film- documentaire aussi simple que passionnant, focalisé sur des passages de parole libératrice, d’instants fugaces de complicité, des moments choisis délibérément pour disséquer les mécanismes de la psyché de Christine, véritable sujet de l’œuvre. Son ami pose sa caméra sur son visage et en fait l’exemple même d’une femme tourmentée par son passé qu’elle souhaite effacer. Rien de plus ne peut être expliqué, tant ce qui est dit ressemble fortement à un témoignage touchant d’un âge adulte marqué par les soubresauts violents de l’enfance, d’une existence passée imprimant la vie présente. Le réalisateur dévoile les errances de Christine, son parcours professionnel, à la façon de quelqu’un qui aime et souhaite aider dans une pure démarche de reconstruction.

C’est ainsi que Gouffres et merveilles roule dans une atmosphère sensible, ponctuée de pop, sans doute pour colorer doucement tous ces flots verbaux teintés d’amertume et de regrets profonds, donnant une impression de positif sur du négatif évident. Les 1 h 20 passent légèrement, au point de donner l’envie d’en savoir plus, mais ce joli film-documentaire sait s’arrêter là où il faut et demeure un concentré émotionnel intense. En réalité, il dresse un constat très souvent mis en lumière, celui de la trace des parents et de la fragilité parfois extrême d’une relation entre une mère et son enfant.

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