Le Système Victoria : derrière le béton, la pression

Quatrième film de Sylvain Desclous, Le Système Victoria dépeint les coulisses de la construction d’une grande tour dédiée aux affaires, sur fond de spéculations et de pressions humaines. Un thriller où l’argent rime avec le pouvoir et l’ambition.

Directeur de travaux, David est à la tête du chantier d’une grosse tour en construction à La Défense. Retards insurmontables, pressions incessantes et surmenage des équipes : il ne vit que dans l’urgence. Lorsqu’il croise le chemin de Victoria, ambitieuse DRH d’une multinationale, il est immédiatement séduit par son audace et sa liberté. Entre relation passionnelle et enjeux professionnels, David va se retrouver pris au piège d’un système qui le dépasse.

David supervise l’avancée des travaux d’une nouvelle tour à La Défense, un projet plombé par les imprévus et les retards. Sous l’insistance des clients, qui vocifèrent et souhaitent terminer la construction le plus rapidement possible, celui-ci écarte sa vie familiale pour concrétiser ce projet au plus vite. Sylvain Desclous porte sur grand écran le roman d’Éric Reinhardt et en fait un thriller immobilier où l’attrait de l’argent l’emporte sur les considérations humaines. Derrière le verre se trouvent le stress du temps qui passe, l’arrivée de la date fatidique de la livraison et une rentrée financière salvatrice pour David.

Le Système Victoria décrit ce qui se passe en interne, ce que ne voit pas le grand public : tout un échafaudage de contraintes techniques, humaines et budgétaires, qui met à mal et retarde considérablement la finition d’une tour destinée à accueillir les locaux de nombreuses sociétés. Le cinéaste embarque son personnage dans un système labyrinthique qui le dépasse, car il se retrouve pris en tenaille entre les desiderata des puissants clients et sa propre existence modeste. Au cœur d’un enjeu stratégique et économique, le conducteur de travaux se retrouve coincé dans un milieu qu’il ne connaît pas, celui des décideurs. Il rencontre Victoria (Jeanne Balibar), une relation qui va le dynamiser pour terminer le chantier à temps, une proximité qui constitue le centre du film.

Alors que le roman décrit tout un système oppressant et malaisant, dominé par l’odeur des billets et de la rentabilité, le film n’est qu’un thriller assez mou, où la tension est inexistante. Le cinéaste hésite constamment entre un climat tendu et une ambiance érotico-sulfureuse symbolisée par la relation entre David et cette femme. Ce qui se trame derrière le verre et le béton finit par être relativement ennuyeux, tant le récit s’embourbe dans une forme aussi poussive que convenue, formatée comme un objet télévisuel. Hyper linéaire, Le Système Victoria met en lumière les lacunes de Sylvain Desclous, déjà visibles dans De grandes espérances, soit une incapacité à transcender son intrigue, à la sublimer.

Ici, alors que tout tourne autour des pressions internes et des spéculations financières, le réalisateur privilégie une romance charnelle et passionnelle, parfaitement laborieuse et dénuée de saveur. Même la complémentarité entre Damien Bonnard et Jeanne Balibar ne saute pas aux yeux, celle-ci étant coincée dans une composition de quasi-femme fatale attirante qui ne lui convient guère. L’acteur des Misérables est le seul du duo à tirer son épingle du jeu.

Le grand point faible réside dans le manque de maîtrise formelle de Sylvain Desclous, qui livre une adaptation plus que fade du roman d’Éric Reinhardt, alors que l’écrivain décrivait les dessous inquiétants et les dérives d’un monde capitaliste marqué par des fonds financiers koweïtiens. À ce titre, le décor de La Défense devait servir de support pour illustrer les magouilles et la toute-puissance des grands groupes qui y logent, un lieu qui allie pouvoir et ambition professionnelle. On voit un peu de cela dans Le Système Victoria, sans que Sylvain Desclous ne sache manier correctement les codes du thriller politico-financier.

Le Système Victoria, de Sylvain Desclous, en salles le 5 mars 2025.

Note :

1,5/5

Laisser un commentaire