Lire Lolita à Téhéran : la révolte par la littérature

Adapté d’un roman de l’autrice iranienne Azar Nafisi, Lire Lolita à Téhéran, d’Eran Riklis, parle de femmes évoquant leurs choix de liberté à travers la littérature anglaise, dans une Iran dominée par le fondamentalisme religieux.

Azar Nafisi, professeure à l’université de Téhéran, réunit secrètement sept de ses étudiantes pour lire des classiques de la littérature occidentale interdits par le régime. Alors que les fondamentalistes sont au pouvoir, ces femmes se retrouvent, retirent leur voile et discutent de leurs espoirs, de leurs amours et de leur place dans une société de plus en plus oppressive. Pour elles, lire Lolita à Téhéran, c’est célébrer le pouvoir libérateur de la littérature.

Iran. À l’orée des années 1980, le pays subit une révolution islamique avec l’ayatollah Khomeiny, changeant radicalement les conditions de vie des femmes iraniennes. Elles doivent désormais porter le voile et respecter les lois mises en place. Dans ce triste chamboulement humain et politique, Azar, qui enseigne les œuvres britanniques, se voit contrainte d’annuler ses cours sur des livres interdits par l’autorité. Alors, elle réunit un petit groupe de femmes dans son appartement. Eran Riklis se sert de ce décor pour signifier la défiance face aux législations strictes, avec des élèves sans voile, libres, dans un espace d’expression nécessaire. Nabokov, Austen et d’autres y sont étudiés. Mais ce que filme le cinéaste, c’est surtout le changement d’une société passant d’une modernité relative à une forme de radicalisation extrême, une dictature interdisant les romans contraires à l’idéologie existante et soumettant les femmes. Azar Nafisi et ses congénères sont représentées comme des combattantes, des guerrières défiant le système.

Lire Lolita à Téhéran est le symbole d’un Iran dévasté par les préceptes religieux, les guerres également, et la destruction des droits des femmes, encore en vigueur aujourd’hui. Le film s’inscrit dans la veine des autres films iraniens dénonciateurs. Là, le militantisme se joue hors du domaine public, dans un lieu confiné, où tout n’est que mots pour libérer les maux. Lire Lolita à Téhéran pêche par son aspect lent, inoffensif, veut jeter un pavé dans la mare sans créer le moindre remous. Eran Riklis se contente d’une critique assez peu tranchante, même si le fond du récit comporte bien des messages destinés à égratigner l’État iranien. Convenu dans l’ensemble, ce long-métrage se démarque surtout par son côté féministe révolutionnaire, avec des femmes-héroïnes qui choisissent délibérément d’assister aux cours de manière secrète, sans éveiller les soupçons.

Au-delà de l’évocation de l’influence du Guide suprême se trouve le patriarcat, la toute-puissance du masculinisme, des hommes appliquant les lois dictatoriales. Le scénario bouscule toute cette structure du dominant-dominé avec, au milieu, l’existence du hijab, que doivent obligatoirement porter toutes les femmes. En cela, l’essence de l’écriture fait écho à cette étudiante qui a choisi de défiler sans vêtements coraniques à Téhéran. Le cinéaste étale son histoire sur une quinzaine d’années pour montrer que rien ne change et que les soumises sont contraintes à l’exil. Sans rentrer dans trop de détails sordides, le sort des opposantes iraniennes se règle souvent par une exécution.

Plus convaincant sur le fond que sur la forme, Lire Lolita à Téhéran bénéficie de la présence magnétique de Golshifteh Farahani qui, comme Zar Amir Ebrahimi (présente dans le film), continue d’enchaîner les rôles militants.

Lire Lolita à Téhéran, de Eran Riklis, en salles le 26 mars 2025.

Note :

3,5/5

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