Prosper : Zadi, le roi de la sape

Yoann Gloaguen a débuté comme assistant-réalisateur pour David Lynch et Wong Kar-wai, et a participé à l’écriture du film de Jean-Christophe Meurisse, Oranges sanguinesProsper est son premier long-métrage, une comédie vestimentaire avec Jean-Pascal Zadi.

Prosper, chauffeur Uber à côté de ses pompes, prend comme passager un homme mourant qui vient de se faire tirer dessus. Paniqué, Prosper se débarrasse du cadavre tout en lui volant sa paire de bottines en croco. En les portant, Prosper se retrouve habité par l’esprit de l’homme assassiné : King – un gangster respecté et craint de tous. Partagé entre ces deux personnalités que tout oppose, Prosper et King, unis dans un seul corps, enquêtent pour démasquer l’assassin de King.

Celui qui a ouvert la dernière Cérémonie des César, et qui va prochainement adapter pour le cinéma J’irai cracher sur vos tombes de Boris Vian, trouve ici un rôle bizarre, à mi-chemin entre le fantasque et le foutraque, sorte de personnage débraillé, allumé, pris dans des péripéties guignolesques. Petit chauffeur de taxi, à l’Ouest et foncièrement décalé, il prend un soir King, un sapeur africain mourant, porteur de bottes en peau de crocodile aux propriétés surnaturelles. En décidant de chausser ces étranges bottines, notre homme change de corps, d’esprit, et se retrouve possédé par ce fameux King.

Avec comme point de départ une histoire aussi hallucinogène que foutraquement fantastique, Prosper est aussi superbement raté, tant l’écriture multiplie les quiproquos sans jamais esquisser le moindre sourire. Scénarisée par Dominique Baumard, dont le film Les Règles de l’art sortira prochainement, cette comédie, poussive et souvent presque navrante, entraîne dans son sillage douloureusement indigent le pauvre Jean-Pascal Zadi. Ce dernier, qui trouve ici un rôle rempli de dualité, se retrouve empêtré dans une composition double qu’il ne maîtrise pas, tant son jeu d’acteur est limité. Entre le petit conducteur, un peu simple sur les bords, aux cheveux coiffés à la dynamite, et l’esprit de King, homme charismatique et roi de la sape, l’acteur français révélé par Tout simplement noir ne trouve jamais le ton juste et ne semble pas vraiment à l’aise.

En sa défaveur, le récit ressemble à une mixture indigeste, même si l’idée de base aurait pu prêter à rire à gorge déployée. Mais l’écriture, partie aux oubliettes, ne se révèle pas à la hauteur d’un film lorgnant sur certaines comédies américaines. L’histoire de Prosper devient une comédie policière, truffée de clichés sur la population africaine, avec des sapeurs frimant en boîte de nuit, se pavanant dans des habits élégants et vivotant de petits trafics illégaux. Le comique de situation ne fonctionne pas du tout, les quelques vannes ne font pas mouche et, comble de l’humour absurde, Prosper n’a que faire de la souffrance animale (des crocodiles surtout, qui finissent par enrober des pieds), ni même des personnes albinos (encore un cliché malaisant), grossièrement représentées avec leurs cheveux blancs et leur peau pâle. Tout ceci fait que Prosper verse tristement dans la caricature outrancière et la représentation biaisée des Africains, n’hésitant pas à tomber dans une moquerie, certes maladroite.

Prosper, de Yoann Gloaguen, en salles le 19 mars 2025.

Note :

1/5

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