Après Isabelle Huppert, qui a gratifié d’une double initiation avec Sidonie au Japon, de Elise Girard, et La Voyageuse de Hong Sang-Soo, voilà qu’une autre célébrité du cinéma français, en la personne de Catherine Deneuve, embarque pour une tournée au pays du soleil levant avec Yōkai, le monde des esprits, un film qui sent la nostalgie du passé et déterre la mémoire des défunts.
Claire, une célèbre chanteuse, s’envole au Japon pour un dernier concert à guichet fermé. Lorsque le concert prend fin, sa vie sur terre s’arrête aussi. Une nouvelle vie inattendue s’offre alors à elle : un au-delà dans lequel Yuzo, l’un de ses plus grands fans, l’attend.
Le réalisateur singapourien Eric Khoo s’essaie à une vaste méditation philosophique sur la vie, la mort, et les connexions entre le monde des vivants et celui des êtres décédés. Au Japon, les croyances insistent sur l’existence d’un entre-deux, où les âmes errent, un lien symbolique et spirituel unissant ceux qui restent et ceux qui ne sont plus là. Yōkai, le monde des esprits est, en quelque sorte, un résumé de toutes ces spiritualités, se transformant en un grand mausolée de souvenirs. Claire Emery (Catherine Deneuve), chanteuse française connaissant le succès au Japon, se produit sur scène, mais affiche en dehors une mélancolie palpable due à la perte d’une personne chère. Elle rencontre, au hasard d’une séance de dédicaces, le fils d’un de ses plus grands admirateurs, un musicien également mort. Par la force d’événements dramatiques, les deux âmes disparaissent, puis réapparaissent, hors du champ de vision d’un homme endeuillé et triste de ne pas avoir clamé son amour à un père désormais absent. Les personnages se changent en fantômes, observant les faits et gestes d’un fils désespéré. Yōkai, le monde des esprits est un sixième sens à l’envers, où les défunts observent et devisent sur la fin du cycle de vie et sur l’importance de la solidité des liens familiaux.
Pourtant pétri de belles intentions, ce film aux influences rohmeriennes n’a d’intéressant que la clarté de ses images, pures. La grande majorité du film n’est simplement qu’une promenade aux accents mortifères, sentant la naphtaline et enjolivée d’une musique douloureusement glauque, accompagnant le climat dépressif qui englobe toute l’écriture. Généralement constitué de froides émotions, Yōkai, le monde des esprits laisse de marbre, alors qu’il aborde de nombreuses thématiques importantes et que tout cela aurait pu répondre à la récurrente question de savoir comment aimer les êtres chers de leurs vivants. Au lieu de cela, Eric Khoo, loin de ses belles heures, produit un film tristement désincarné, où l’odeur de la mort se répand insidieusement, dans les paroles ou via les notes de musique. Alors que la durée n’excède pas 1h30, le long-métrage possède quand même quelques longueurs lénifiantes. La mise en scène copie celle d’Eric Rohmer ou de Hong Sang-Soo, mais le principal défaut réside dans son traitement largement négatif, aux airs de cimetière ambulant ou de chemin de croix vers les cieux. Dans l’ennui abyssal ambiant, Catherine Deneuve tente de sauver les meubles, mais son jeu, logiquement limité depuis plusieurs années, contribue à cet effet absolu de froideur émotionnelle. Le film possédait un potentiel, toutefois, Eric Khoo ne sait visiblement pas quoi en faire et ne se surpasse pas pour sublimer ses protagonistes.
Yōkai, le monde des esprits, d’Eric Khoo, en salles le 26 février 2025.
Note :
1/5
