Else : la nouvelle substance du cinéma de genre français

Else, coproduction franco-belge réalisée par Thibaut Emin, s’inscrit dans la veine du renouveau du cinéma de genre hexagonal, assumant pleinement ses influences marquées.

Anx vit dans un petit appartement aux décors vintage, peuplé de jouets et d’objets nostalgiques des années 1980 et 1990. Il y rencontre Cass, une jeune femme fantasque avec qui il noue une relation ambiguë. À l’extérieur, le monde semble basculer : des créatures surgissent, horribles, mi-végétales, mi-minérales. Les corps se transforment, fusionnent avec la pierre, les racines, laissant apparaître des visages tordus, des yeux seuls capables de transmettre un mal invisible.

Avec Else, Thibaut Emin met en scène un huis clos anxiogène où deux personnages se retrouvent confinés, en état d’alerte permanente, face à une menace diffuse et virulente. Le film, à la croisée du fantastique et de la science-fiction, convoque des souvenirs douloureux : celui du confinement, de la pandémie, de la peur de l’autre — et de soi.

Le récit joue habilement sur ces angoisses collectives. La contamination transforme les êtres en hybrides monstrueux, évoquant le body horror de Cronenberg : peaux craquelées, chairs corrompues, fusion des matières. L’appartement, sombre et oppressant, devient un personnage à part entière, traversé uniquement par un vide-ordures, ultime lien avec un monde extérieur lui aussi en pleine mutation. L’influence de [Rec] de Jaume Balagueró se fait sentir dans cette vision d’un immeuble cloisonné, pris au piège d’une infection incontrôlable.

Emin ne cache pas non plus sa parenté esthétique et thématique avec The Substance de Coralie Fargeat, dans cette manière d’explorer la souffrance corporelle et l’horreur organique. Ici aussi, le corps devient matière à transformation, espace d’angoisse et de dégoût, mais aussi lieu de fusion — jusqu’à l’absurde — entre les protagonistes. Anx pénètre littéralement dans les entrailles de sa colocataire imposée, comme une métaphore de l’amour dans un monde en ruines.

Derrière ses aspects dérangeants et ses visions grotesques, Else véhicule un discours sous-jacent sur nos peurs contemporaines : les nouveaux virus, le dérèglement climatique, la vulnérabilité de l’humain. Le film, à la fois viscéral et métaphorique, mêle l’intime et le collectif, l’amour et l’apocalypse, avec un sens certain de la mise en scène. Si l’approche peut paraître parfois un peu trop philosophique, elle n’en demeure pas moins ambitieuse, et confirme la volonté de son auteur de réinsuffler une âme nouvelle au cinéma de genre français.

Else, de Thibault Emin, en salles le 28 mai 2025.

Note :

3/5

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