Critique- Cervantès avant Don Quichotte: Lost In La Mancha

Alejandro Amenábar retrace une partie de la vie de Miguel de Cervantès, célèbre romancier espagnol à l’origine de Don Quichotte, dans Cervantès avant Don Quichotte. Ce film passionnant relate sa captivité aux mains des Maures.

Les amateurs de littérature connaissent forcément Miguel de Cervantès et son œuvre majeure, Don Quichotte. Le cinéaste espagnol revient au film historique pour évoquer un épisode marquant du parcours de l’écrivain : son engagement dans la bataille de Lépante, puis sa captivité à Alger. Vendu comme esclave, Cervantès se retrouve sous l’autorité de son maître, Hasan Pacha, dans une prison à ciel ouvert dominée par les appartements luxueux du propriétaire. Seule sa prose lui permet d’obtenir quelques faveurs et libertés, contrairement aux autres esclaves enchaînés.

Au-delà de la véracité historique, c’est l’ampleur visuelle qui impressionne. Les décors, d’inspiration arabo-andalouse, rappellent les connivences architecturales entre l’Espagne et l’Algérie. La prison, d’apparence somptueuse, devient un lieu paradoxal où s’épanouit le récit du captif, mis en mots dans l’ouvrage du même nom, traduit par Auguste Dorchain en 1898. Cervantès y raconte la douleur de l’enfermement et la souffrance partagée avec ses compagnons d’infortune. Le film reprend ces éléments et restitue la rudesse du quotidien, l’incertitude de l’avenir et la réalité de l’esclavage imposé par les Maures. Issu d’une bonne famille, Cervantès se distingue des autres, mais doit sans cesse s’adapter aux épreuves. Il noue ainsi une relation particulière avec Pacha, souvent représenté comme un tyran mais décrit ici comme un homme séduit par la beauté des éphèbes.

La mise en scène d’Alejandro Amenábar brille par son sens du détail : costumes soignés, dialogues élégants, souffle d’aventure et tension dramatique, notamment lors des tentatives d’évasion. Cervantès avant Don Quichotte se révèle être une œuvre visuellement éblouissante, dévoilant les heures sombres de la captivité tout en laissant entrevoir une lueur d’espoir grâce au génie littéraire de Cervantès. Passionnant par son ancrage historique, le film rappelle aussi que l’époque était marquée par l’essor du commerce des esclaves et les conflits incessants impliquant l’Espagne. Mais surtout, il remet en lumière Cervantès, un homme dont il serait réducteur de ne retenir que Don Quichotte. Figure centrale de la culture hispanophone, il laisse une œuvre riche et foisonnante, dont Le Captif reste l’une des évocations les plus fortes de l’asservissement.

Après Lettre à Franco (2019), Amenábar confirme sa place dans le biopic historique. Travaillé pendant plus de cinq ans, ce nouveau projet poursuit sa volonté de revisiter le passé espagnol tout en abordant des thèmes universels : la condition des femmes musulmanes et chrétiennes, les clivages sociaux, la question de l’identité.

La vie de Cervantès comporte de grandes zones d’ombre, notamment une possible relation homosexuelle avec son geôlier Pacha, que le film présente comme une échappatoire vers une forme de liberté. Ainsi, l’atmosphère oppressante de la captivité se mêle à un érotisme diffus.

Captivant de bout en bout, le nouvel opus d’Amenábar s’impose comme un cinéma de haute tenue. Il donne envie de redécouvrir les écrits de Cervantès et d’envisager autrement l’auteur de Don Quichotte.

Cervantès avant Don Quichotte, d’Alejandro Amenábar, en salles le 1er octobre 2025.

Note:

4/5

La bande-annonce:

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