Adapter son propre roman au cinéma est un pari risqué. Lucas Belvaux s’y essaie avec Les Tourmentés, transposition de son livre paru en 2022. Le cinéaste belge y raconte l’histoire d’un ancien militaire marginalisé, Skender (Niels Schneider), qui devient la proie d’une femme bourgeoise avide d’armes et surtout de vengeances cruelles contre les hommes. Une véritable chasse à l’homme orchestrée par une « Madame » qui traque le gibier idéal.
Mais Belvaux échoue dans cet exercice. Tout paraît faux, boursouflé, caricatural : cette tueuse mondaine, habitant une maison cossue, qui soudain se grime en chasseuse de primes au visage noirci, sonne comme une image grotesque. Le légionnaire, quant à lui, est réduit à un archétype social : bouc émissaire d’une opposition riche/pauvres traitée de manière maladroite. Les Tourmentés se transforme ainsi en pamphlet social plat, sans chair, ni force.
Le film hésite entre thriller et survival, mais ne réussit ni l’un ni l’autre. Au lieu de tension, il aligne palabres philosophiques et dialogues creux, débités mécaniquement par des acteurs bridés. La mise en scène, lourde et pompeuse, manque de rythme, d’ambition, et surtout d’émotion. Belvaux n’exploite jamais la sauvagerie du thème : il impose au contraire une direction d’acteurs lénifiante et monotone. Niels Schneider, Ramzy Bedia et Linh Dan Pham jouent bien en dessous de leur niveau habituel, contraints de composer avec des personnages sans relief.
Les incohérences du scénario aggravent le tout. Certains personnages secondaires sont abandonnés en chemin, et les rares rebondissements frôlent le ridicule. L’homme de « Madame » (Ramzy Bedia), censé incarner l’ambiguïté, devient un personnage affligeant, tiraillé entre loyauté et opportunisme sans que rien ne soit crédible. Quant à la chasse promise, elle n’intervient qu’après deux heures interminables de bavardages, transformées en une pâle guerre psychologique où tout sonne faux.
Au final, aucun message ne se dégage de Les Tourmentés, sinon l’ennui et la vacuité. Les tourments des personnages n’ont rien de tragique : ils se contentent de tourner à vide. On attendait bien mieux de Lucas Belvaux, dont le talent se dilue ici dans une adaptation fade, incohérente et soporifique.
Les Tourmentés, de Lucas Belvaux, en salles le 17 septembre 2025.
Note:
0,5/5
La bande-annonce:
