En adaptant Dites-lui que je l’aime, le roman de Clémentine Autain, Romane Bohringer signe un film profondément personnel, qui fait dialoguer deux mémoires — celle de Dominique Laffin, mère de Clémentine Autain, et celle de sa propre mère, d’origine vietnamienne. Deux destins de femmes, deux visages de la maternité, unis par la douleur, l’absence et l’amour.
Romane Bohringer relève ici un défi intime : transformer un texte littéraire en un geste de cinéma sensible et réflexif. Son dispositif repose sur un double récit : celui d’une jeune actrice disparue trop tôt, fauchée en pleine ascension, et celui d’une femme déracinée, arrachée à son pays et aux siens. Ces deux trajectoires, parallèles et tragiques, composent un mémorial filmique bouleversant, où se croisent les ombres de deux mères aimantes mais inaccessibles.
Dans le film, Bohringer se met en scène dans un cabinet de psychologue, répondant à des questions comme si elle remontait le fil de son propre passé. À travers cette introspection, elle livre une part méconnue de son existence, évoquant la disparition de sa mère en 1987 et l’impact durable de cette absence. Les images alternent entre entretiens, archives et lectures du texte par Clémentine Autain, dont la voix, douce et posée, résonne comme un écho à celle de Bohringer. Les deux récits se mêlent, se confondent, jusqu’à poser une question essentielle : qu’est-ce qu’être mère ?
Dites-lui que je l’aime n’est ni un exutoire ni un cri de douleur. C’est un film de transmission, un espace de réflexion sur la mémoire et la filiation, un hommage vibrant aux femmes qui ont donné la vie sans toujours pouvoir l’accompagner. Bohringer et Autain ne cherchent pas à réhabiliter, mais à comprendre, à raviver des présences effacées par le temps. Leurs paroles, leurs silences et leurs souvenirs composent une mosaïque d’émotions, une quête d’identité qui touche à l’universel.
Ce film-documentaire, à la fois pudique et bouleversant, explore la complexité des liens maternels avec une justesse rare. C’est une œuvre sur la perte, la trace, et la nécessité de dire — ou de redire — à celles qui sont parties : « je t’aime ».
La bande-annonce de Dites-lui que je l’aime:
