Présenté à la Quinzaine des Cinéastes, Que ma volonté soit faite confirme le goût de Julia Kowalski pour les territoires incertains. La réalisatrice explore des zones où le réel se fissure et laisse place au trouble. Le film se situe à la lisière de l’horreur, entre drame charnel et fantastique organique. Il interroge les pulsions, les désirs et la colère féminine, tout en adoptant les codes d’une chronique rurale.
Le récit suit Nawojka, une jeune agricultrice qui vit seule dans une ferme isolée. Elle porte une malédiction transmise par sa mère : un démon s’éveille en elle à chaque élan de désir. Très vite, des phénomènes inquiétants apparaissent. D’abord, les bêtes du cheptel meurent sans explication. Ensuite, leurs corps se couvrent d’une matière grisâtre et laiteuse. Parallèlement, Nawojka sent son corps changer et son esprit vaciller.
Puis Sandra arrive au village, et sa présence trouble immédiatement Nawojka. Leur relation agit comme un déclencheur. Dès lors, la passion devient dangereuse. La chair s’embrase, tandis que le mal se propage dans ces terres marquées par la frustration et la superstition.
Julia Kowalski s’inscrit dans le renouveau du cinéma de genre français. On pense notamment à Julia Ducournau avec Grave ou Titane, qui explorent déjà une féminité en mutation. Cependant, Que ma volonté soit faite s’en distingue. L’oeuvre évite l’esbroufe visuelle, et privilégie une approche plus organique et plus brute. Kowalski construit un univers terreux et oppressant. Les décors boueux, les fermes délabrées et les visages marqués renforcent cette sensation. Cette atmosphère évoque autant Massacre à la tronçonneuse que Les Chiens de paille de Sam Peckinpah.
Au cœur du film, Nawojka incarne un paradoxe puissant. Elle apparaît à la fois fragile et inquiétante, et elle oscille constamment entre amour et monstruosité. Dès lors, plusieurs questions émergent : est-elle une victime ou une vengeresse ? Est-elle un monstre ou une martyre ? Son démon intérieur reflète surtout une société qui rejette le désir féminin. Par ailleurs, les hommes apparaissent violents et enfermés dans leur virilité. Les femmes tentent de résister à cet ordre oppressant. La romance queer prend une dimension politique et devient une forme d’émancipation.
Maria Wrobel livre une performance remarquable et incarne Nawojka avec une intensité constante. Son regard, souvent halluciné, traduit une tension intérieure permanente. Son corps devient un véritable terrain d’expression. Grâce à elle, le film maintient une tension continue. La mise en scène renforce cet effet. Elle adopte un rythme lent et oppressant. Contrairement aux codes classiques de l’horreur, Kowalski évite les effets faciles. Ainsi, la peur naît progressivement et s’installe dans les corps comme dans les paysages.
En définitive, Que ma volonté soit faite s’impose comme une œuvre de chair et de fureur. Le film déploie une énergie féminine brute et indomptable. Julia Kowalski signe un drame horrifique singulier. Elle mêle étroitement désir, violence et malédiction, et affirme une voix forte dans le cinéma de genre contemporain.
La bande-annonce:
