Chaque semaine, La 7e bobine vous partage ses coups de coeur et son coup de griffe, concernant les sorties de la semaine.
Coups de coeur:

L’Inconnu de La Grande Arche, de Stéphane Demoustier
Stéphane Demoustier adapte le roman de Laurence Cossé L’Inconnu de la Grande Arche et retrace la genèse du monument emblématique de La Défense.
Le film suit l’architecte danois Johan Otto von Spreckelsen, choisi par François Mitterrand pour ériger la Grande Arche du Bicentenaire.
Face aux contraintes techniques, politiques et budgétaires, le créateur se heurte à la complexité d’un projet titanesque.
Demoustier filme avec rigueur la démesure du chantier, entre archives animées et plans d’une précision quasi documentaire.
Claes Bang incarne un architecte habité par son œuvre, mais isolé dans son perfectionnisme.
Le film impressionne par sa reconstitution mais reste parfois trop froid, prisonnier de sa fidélité historique.
La vie conjugale fictive, portée par Sidse Babett Knudsen, tente d’apporter une dimension émotionnelle.
Le récit gagne en mélancolie lorsque von Spreckelsen est écarté du projet au profit de Paul Andreu.
Demoustier signe un hommage scrupuleux à un créateur méconnu.
L’Inconnu de la Grande Arche éclaire l’homme derrière le monument, mais manque d’élan dramatique.

Les Braises, de Thomas Kruithof
Avec Les Braises, Thomas Kruithof signe un film social et politique d’une actualité brûlante.
Karine, ouvrière incarnée par Virginie Efira, et son mari Jimmy (Arieh Worthalter) représentent une France laborieuse étranglée par la crise.
Face à un système économique injuste, Karine s’engage dans le mouvement des Gilets Jaunes, portée par la solidarité de ses collègues.
Kruithof filme la lutte d’une femme ordinaire devenue symbole de résistance.
Le couple, divisé par des visions syndicales opposées, illustre les fractures sociales et intimes de la société contemporaine.
Le réalisateur adopte un regard lucide, sans pathos ni caricature, sur un monde du travail en souffrance.
La mise en scène, sobre et tendue, évoque autant Ken Loach que Stéphane Brizé.
Le film dénonce la précarité et la perte de dignité des classes populaires.
Efira et Worthalter livrent des performances puissantes et profondément humaines.
Les Braises réveille la mémoire du mouvement social et ranime la flamme de la contestation.

La Vague, de Sébastian Lelio
Avec La Vague, Sebastián Lelio signe une œuvre musicale et militante sur les violences sexuelles et la révolte féminine.
Au Chili, une étudiante en musique victime d’agression déclenche un soulèvement au sein de son université.
Les étudiantes unissent leurs voix et leurs corps pour dénoncer le patriarcat et briser l’omerta.
Présenté à Cannes 2025, le film transforme la colère en chant et la douleur en chorégraphie.
Lelio orchestre un véritable cri collectif, mêlant art et engagement politique.
Chaque séquence musicale devient un exutoire, une revendication universelle proche du mouvement #MeToo.
Le réalisateur fait dialoguer lyrisme et réalisme, sans craindre l’excès d’émotion.
Si la profusion de scènes chantées peut diluer le récit, elle amplifie sa force expressive.
Inspiré des mobilisations féministes chiliennes de 2018, le film célèbre la conquête d’une parole libérée.
La Vague s’impose comme un hymne vibrant à la résistance et à la solidarité des femmes.
Coup de griffe:

Deux procureurs, de Sergei Loznitsa
Sergei Loznitsa s’aventure au cœur des prisons staliniennes pour en exposer la noirceur, l’inhumanité et la froideur bureaucratique. Mais à force de vouloir illustrer la pesanteur d’un régime totalitaire, le cinéaste en adopte malgré lui la rigidité. Sa mise en scène, volontairement figée et mécanique, finit par engendrer une torpeur anesthésiante. Privé de mouvement et d’élan dramatique, le film s’enlise dans une austérité glaciale qui étouffe toute émotion. Loznitsa documente plus qu’il ne raconte, et ce dispositif trop conceptuel finit par tenir le spectateur à distance. Même le rebondissement final, attendu, ne parvient pas à réveiller un ensemble aussi implacable que désincarné.
