Avec Les Rêveurs, Isabelle Carré adapte son propre roman, nourri de sa jeunesse et de son internement à quatorze ans. Ce premier long métrage lève le voile sur une part plus intime de sa trajectoire. Mais plutôt que de s’y enfermer, elle en fait une matière vivante, tournée vers les autres. Le film aborde ainsi la santé mentale des adolescents avec une délicatesse rare, sans jamais forcer le regard.
Élisabeth, devenue comédienne, intervient à l’hôpital Necker où elle anime des ateliers d’écriture auprès de jeunes en détresse. Ce présent agit comme un point de bascule. Peu à peu, les souvenirs remontent, parfois de manière diffuse, parfois avec une netteté troublante. Le film glisse alors d’une époque à l’autre, sans rupture franche. Le passé et le présent dialoguent, se répondent, et finissent par se confondre dans une même émotion.
Dans ces fragments du passé, Tessa Dumont-Janod incarne Élisabeth adolescente, internée dans une unité psychiatrique. Elle évolue parmi d’autres jeunes en manque de repères, cherchant chacun, à leur manière, une forme d’équilibre. Ces séquences comptent parmi les plus fortes du film. Il y a là quelque chose de très juste, presque à nu, qui échappe au pathos. On sent que Carré ne reconstitue pas seulement : elle se souvient.
Au cœur de cet espace clos, une amitié se dessine. Celle qu’Élisabeth noue avec une autre patiente, incarnée par Mélissa Boros. Leur relation apporte une chaleur inattendue. Elle introduit une douceur fragile dans un lieu qui pourrait autrement sembler étouffant. C’est aussi ce lien qui donne au film son mouvement, sa respiration.
Les Rêveurs avance ainsi, par touches successives, en explorant la mémoire, le pardon et la reconstruction. L’imaginaire y occupe une place essentielle. Non pas comme une fuite, mais comme un refuge temporaire, une manière de tenir. Dans cet environnement contraint, rêver devient presque un geste de survie.
Carré filme ses personnages avec une grande douceur. Elle ne cherche jamais à démontrer. Elle regarde, elle écoute, elle accompagne. Les silences comptent autant que les mots. Les maladresses aussi. Il y a, dans cette attention, une forme de respect profond pour ces adolescents qui tentent simplement de trouver leur place.
Les Rêveurs n’est pas exempt de limites. La narration reste parfois trop linéaire, et certains éléments — notamment du côté familial — auraient gagné à être creusés. Mais ces réserves n’effacent pas l’essentiel. Les Rêveurs touche par sa sincérité, et par la justesse de son regard. Tessa Dumont-Janod, en particulier, impose une présence étonnante, à la fois fragile et déterminée.
Sans jamais hausser le ton, Isabelle Carré signe un film modeste, mais habité. Un film qui parle de fragilité sans la figer, et qui transforme, doucement, la douleur en lumière.
Les Rêveurs, de Isabelle Carré, en salles le 12 novembre 2025.
Note:
3,5/5
La bande-annonce:
