Dans Qui brille au combat, Joséphine Japy choisit de dresser le portrait sincère de sa sœur, qui vit avec le syndrome de Phelan-McDermid. Qui brille au combat raconte autant le handicap que l’histoire d’une jeune fille profondément aimée, entourée, et regardée avec une infinie tendresse. En partant du vécu familial, la réalisatrice cherche moins à expliquer qu’à transmettre : ce que signifie grandir auprès d’une sœur différente, ce que veulent dire les gestes répétés, les silences, les éclats de rire, les crises, les moments d’épuisement et ceux d’apaisement.
En s’appuyant sur la réalité du handicap de Bertille, Joséphine Japy cultive une authenticité rare. Elle filme les mécanismes du syndrome, ses conséquences sur le quotidien, mais aussi ce qui échappe à la clinique : la personne derrière les symptômes. Qui brille au combat devient alors le récit d’une famille plongée dans un handicap génétique méconnu, où se mêlent retards de développement, errances médicales, démarches administratives interminables et charge mentale permanente. Rien n’est occulté : ni les moments de découragement, ni les élans de solidarité, ni la fatigue accumulée. Japy balaie les clichés pour rendre justice à ce qu’implique réellement accompagner un enfant malade, en montrant la place essentielle des aidants, ces soutiens souvent invisibles.
Dès les premières minutes, la condition de Bertille s’impose : les cris, les gémissements, les regards perdus dans un ailleurs que seules certaines perceptions semblent atteindre. La réalisatrice dépeint cet univers intérieur avec une honnêteté désarmante, sans jamais tomber dans l’accablement. Il y a au contraire une forme de pudeur, presque de douceur, dans la manière dont elle évoque ce qui ronge sa sœur. La performance de Sarah Pachoud y est pour beaucoup. La jeune comédienne, issue du cirque, s’empare du rôle avec une précision stupéfiante. Elle n’a presque pas besoin de mots : tout passe par les yeux, les mouvements du corps, la façon de toucher le monde. On a parfois l’impression de voir la véritable Bertille tant le mimétisme est saisissant.
Pour Joséphine Japy, Qui brille au combat n’est pas seulement un film sur le handicap. C’est aussi — et peut-être avant tout — une déclaration d’amour. Une façon de dire « je te vois » à une sœur différente, dont la singularité devient une source de poésie. Dans la lutte quotidienne, Bertille s’illumine : au contact des arbres, des fleurs, de la mer, de tout ce qui l’ancre dans une sensation immédiate. La caméra la filme comme dans un écrin, attentive à chaque nuance, à chaque geste qui raconte son rapport au monde.
Le film explore également les répercussions sur la famille : les parents, usés mais combatifs, pris dans un rôle d’aidants qui ne leur laisse que peu d’espace ; la grande sœur, qui tente d’inventer sa propre vie tout en portant ce lien indéfectible avec Bertille. Rien n’est jamais simplifié. On sent derrière chaque scène un vécu encore présent, encore sensible.
Au final, Qui brille au combat est un portrait d’une grande délicatesse, porté presque entièrement par Sarah Pachoud, véritable révélation. Joséphine Japy signe un premier long-métrage sincère, tendre et courageux, qui éclaire un handicap méconnu tout en rappelant ce qui demeure essentiel : l’amour, malgré tout, comme seule force capable de tenir debout.
La bande-annonce:
