La 7e bobine distribue ses coups de griffe et son coup de coeur pour Qui brille au combat de Joséphine Japy.
Notre coup de coeur:

Qui brille au combat, de Joséphine Japy
Qui brille au combat est le premier long-métrage de Joséphine Japy, inspiré de sa propre histoire familiale. Le film dresse le portrait de Bertille, sa sœur qui a le syndrome de Phelan-McDermid, et cherche moins à expliquer le handicap qu’à en faire ressentir l’expérience intime. À travers les gestes répétés, les silences, les cris et les moments d’apaisement, il donne à voir un quotidien fait d’épuisement, d’errances médicales et de démarches administratives. La réalisatrice filme sans détour la charge mentale qui pèse sur les parents aidants. Rien n’est idéalisé, mais jamais le regard ne devient accablant. La mise en scène privilégie la pudeur et la tendresse. La performance de Sarah Pachoud impressionne par sa justesse physique et sensorielle. Son jeu donne accès à l’univers intérieur de Bertille. Le film explore aussi les répercussions du handicap sur l’ensemble de la famille. Qui brille au combat s’impose finalement comme une déclaration d’amour lumineuse et courageuse.
Nos coups de griffe:

Magellan, de Lav Diaz
Présenté en avant-première au Festival de Cannes 2025, Magellan ne semble exister que par ses qualités esthétiques. Les longs plans fixes et les compositions ouvertement stylisées — picturales et théâtralisées — peinent à masquer la vacuité du propos. Fidèle à une radicalité formelle qui confine ici à l’auto-caricature, Lav Diaz englue sa mise en scène dans une solennité lénifiante et une durée largement soporifique. L’expérience, plus contemplative qu’incarnée, finit par étouffer toute émotion ou tension dramatique. À force de figer le récit dans une posture esthétique, le film se détourne de toute véritable narration. Magellan ressemble ainsi davantage à un essai esthétisant qu’à une œuvre de cinéma réellement habitée ou emballante.

Los Tigres, d’Alberto Rodriguez
Le réalisateur de La Isla Minima s’essaie ici à un thriller aquatique porté par Antonio de la Torre. Si l’acteur espagnol domine largement le film par son intensité et son engagement physique, le récit se révèle plombé par une accumulation de clichés déjà vus : le plongeur en quête d’argent facile, une cellule familiale disloquée et une sombre affaire de drogue en toile de fond. Malgré un cadre maritime exploité avec sérieux, la mécanique narrative peine à surprendre et s’enferme dans une dramaturgie trop convenue. Alberto Rodríguez ne parvient pas à retrouver la maestria sèche et la tension poisseuse qui faisaient la force de La Isla Minima, laissant l’ensemble à la surface, sans véritable souffle.

Le Pays d’Arto, de Tamara Stepanyan
Une jeune femme veuve décide de remonter aux origines de son mari défunt, né en Arménie, dans une quête mémorielle aux intentions louables. Camille Cottin y apporte sa douceur habituelle et une délicatesse de jeu indéniable, insufflant au départ une vraie sensibilité au récit. Mais très vite, le film se rigidifie et glisse vers un précis d’histoire du pays arménien, didactique et appuyé. À force de vouloir expliquer, le scénario oublie de faire ressentir. Les émotions se diluent progressivement, jusqu’à disparaître presque entièrement. L’ensemble, trop sage et balisé, peine alors à dépasser le cadre d’un récit convenu, où l’intime s’efface au profit de l’illustratif.

Laurent dans le vent, de Anton Balekdjian, Léo Couture, Mattéo Eustachon
Présenté à l’ACID Cannes 2025, Laurent dans le vent séduit d’abord par son caractère atypique, porté par un personnage burlesque et un univers résolument décalé. Mais très vite, l’ensemble pâtit d’une lenteur marquée et d’un scénario qui se replie sur lui-même, peinant à se renouveler. Le film manque de relance, de tension, et finit par installer une forme de torpeur peu stimulante. Cette inertie narrative affaiblit l’impact de ses propositions pourtant singulières. Reste la prestation de Baptiste Perusat, dont le jeu comique, teinté de désabusement, apporte une vraie présence et sauve partiellement un ensemble qui peine à trouver son rythme.
