Pour son premier film, Urchin, Harris Dickinson choisit le terrain du social en racontant l’itinéraire douloureux d’un homme pris dans une tempête de perdition.
Présenté au Festival de Cannes 2025, Urchin apparaît comme le pendant masculin, plus doux et moins trash, de The Chronology of Water de Kristen Stewart. De petits boulots en larcins, Mike survit dans la rue. Après le vol d’une montre et un passage en prison, il tente de reprendre sa vie en main et de faire table rase du passé. Mais les vieux démons reviennent. Pour son premier long-métrage, Dickinson signe un récit d’errance, de survie et d’autodestruction, l’histoire d’une existence happée par le cycle perpétuel de la marginalisation. Le cinéaste y narre une descente aux enfers indéniable, inévitable, comme une spirale incontrôlable.
Flirtant avec la veine de Ken Loach, puisqu’il dépeint un personnage en marge, une société qui écrase et une Angleterre d’en bas dont il est difficile de s’extraire, Urchin suit l’itinéraire d’un adulte paumé, oscillant entre sursauts de lucidité et rechutes brutales. C’est la souffrance d’un être pris dans un cercle vicieux, labyrinthique, sans issue. Frank Dillane incarne avec justesse la dualité paradoxale de Mike, coincé entre un désir de normalité et des codes sociaux qui lui échappent. Dickinson filme la galère, la désinvolture, la nonchalance, mais aussi les abîmes d’un esprit tourmenté.
Urchin aligne les décadences et le désenchantement, plaçant le spectateur face à un Mike sans horizon concret. Le réalisme social est là, mais le scénario emprunte peut-être trop aux codes loachiens, donnant un film très anglais, toutefois rajeuni par la patte Dickinson : un regard plus subversif, un protagoniste immature, irrémédiablement attiré par l’autodestruction. Un certain dolorisme finit par s’installer, comme si le film se prenait les pieds dans le tapis à force d’enfermer Mike dans un torrent de négativité, sans véritable respiration, sans espace pour l’espoir.
Plutôt digeste, Urchin se montre parfois démonstratif, voire grandiloquent, dans sa manière d’exposer l’enfer des marges sociales. Il n’en demeure pas moins une proposition surprenante, un cinéma frontal, direct, qui ose, et qui se conclut sur une fin originale.
La bande-annonce:
