Jumpers, La Maison des femmes: nos coups de coeur et coup de griffe de la semaine

Retrouvez cette semaine notre coup de griffe et nos coups de coeur, dont La Maison des femmes, de Melisa Godet.

Nos coups de coeur:

La Maison des femmes, de Melisa Godet

La Maison des femmes, premier film de Mélisa Godet, explore le quotidien d’une structure dédiée à l’accueil et au soin des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles. La réalisatrice y observe le travail essentiel de médecins, infirmières et professionnelles de santé qui accompagnent ces femmes malgré des moyens limités. Le film adopte un regard ancré dans le réel, privilégiant la description du fonctionnement de ce lieu et la complexité des situations rencontrées. À travers consultations, temps d’écoute et ateliers de soutien, il révèle l’importance d’un dispositif médical et social crucial. Les témoignages évoquent l’emprise, les coups ou encore les mutilations, sans voyeurisme ni complaisance. La parole des victimes, fragile mais nécessaire, constitue le cœur émotionnel du récit. Mélisa Godet filme avec précision le suivi médical et l’engagement des soignantes. Le film s’intéresse aussi à leur vie personnelle, montrant des femmes confrontées elles aussi aux pressions d’une société encore marquée par des schémas patriarcaux. Entre gravité et moments de respiration, le long métrage esquisse un portrait collectif sensible. Il s’impose ainsi comme un plaidoyer lucide contre les violences faites aux femmes.

Jumpers, de Disney Pixar

Jumpers, nouvelle production Disney-Pixar, illustre une fois de plus la capacité du studio à mêler divertissement familial, créativité visuelle et réflexion contemporaine. Le film suit Mabel, une adolescente passionnée par la protection animale, qui s’oppose à la construction d’une route menaçant une clairière et son écosystème. Pour défendre la nature, elle adopte une méthode originale : pénétrer l’esprit et le corps des animaux afin de mieux comprendre leur monde. Derrière ce postulat ludique, le récit met en tension le confort humain et la destruction progressive des milieux naturels. Fidèle à l’ADN de Pixar, le film s’adresse aux enfants tout en proposant un message écologique plus profond. Le bestiaire forestier, attachant et souvent comique, nourrit un récit rythmé et accessible. Malgré un scénario simple, l’animation se distingue par sa fluidité et son inventivité artistique. Le film mêle aventure, science-fiction et humour avec efficacité. Jumpers rappelle ainsi l’urgence de préserver les espèces animales et leurs habitats. Un spectacle familial ludique qui porte aussi une conscience environnementale affirmée.

Rural, de Edouard Bergeon

Dans Rural, Édouard Bergeon filme la réalité du monde agricole à travers le parcours de Jérôme Bayle, figure engagée dans la défense d’une agriculture française fragilisée. Le documentaire donne à entendre la parole d’un agriculteur profondément attaché à sa terre, confronté aux difficultés économiques, aux incertitudes et à la pression sociale qui pèsent sur la profession. En s’immergeant dans son quotidien, Bergeon — lui-même issu du milieu agricole — propose une réflexion sensible sur l’état d’un secteur essentiel mais vulnérable. Le film évoque la colère qui gronde dans les campagnes, nourrie par les déséquilibres économiques et les décisions politiques européennes. Jérôme Bayle y apparaît comme le porte-voix d’une profession en lutte pour sa survie et pour une agriculture durable. Sans emphase ni démonstration excessive, le cinéaste adopte une approche proche du terrain et des réalités humaines. Rural dépasse ainsi le simple témoignage pour questionner notre rapport au travail, à la souveraineté alimentaire et à l’avenir du monde rural.

Pillion de Harry Lighton

Présenté à Cannes 2025, Pillion de Harry Lighton s’impose comme une proposition audacieuse et décalée, loin des récits amoureux gays conventionnels. Le film met en scène une relation atypique entre un motard viril et taciturne et un jeune homme timide qui se retrouve entraîné dans un jeu de domination teinté d’ironie et d’humour. À travers une mise en scène volontairement provocatrice et une sexualité filmée avec un mélange de dérision et d’excès, Lighton bouscule les représentations habituelles de l’homosexualité au cinéma. Le récit repose sur l’opposition entre ses deux personnages, incarnés par Alexander Skarsgård et Harry Melling, dont le duo fonctionne sur un contraste à la fois comique et troublant. Derrière son ton irrévérencieux, le film aborde aussi la question de la liberté sexuelle et du regard social porté sur les identités queer. En détournant les codes de la romance traditionnelle, Pillion préfère la provocation et le pastiche. Ce mélange de burlesque, de sensualité et de défi aux normes en fait un objet singulier dans la sélection cannoise. Porté par l’engagement total de ses acteurs, le film assume pleinement son caractère transgressif.

Christy, de David Michod

Dans Christy, Sydney Sweeney incarne une boxeuse ambitieuse prise dans l’emprise d’un manager toxique, dans un récit inspiré de la véritable trajectoire de la championne Christy Salters, titrée WBC des super-welters en 2009. Le film, réalisé par David Michôd, retrace la carrière mouvementée d’une sportive déterminée, dont l’ascension se construit au cœur d’un milieu brutal où s’entremêlent ambition, précarité et relations destructrices. Au centre du récit, la relation toxique entre Christy et son manager devient un moteur dramatique révélant les rapports de domination qui structurent le monde de la boxe. En explorant les liens entre origine sociale, chaos intime et carrière sportive, le film dresse le portrait d’une femme coriace prête à tout pour poursuivre son rêve. Michôd évoque parfois l’intensité tragique de Million Dollar Baby, tout en ancrant son récit dans une Amérique obsédée par la réussite et l’évasion sociale. Entre blessures personnelles, rejet familial et amours fragiles, Christy apparaît comme une héroïne imparfaite mais profondément humaine. Porté par une interprétation physique et sensible de Sydney Sweeney, le film s’impose comme un biopic solide qui dévoile les coulisses âpres du sport de combat et confirme l’ampleur du registre de l’actrice.

Notre coup de griffe:

Nino dans la nuit, de Laurent Micheli


Nino dans la nuit s’enlise dans les travers les plus attendus du cinéma social français. Malgré un sujet qui aurait pu nourrir une véritable exploration humaine, le film se contente d’un traitement convenu, accumulant les clichés du genre sans jamais parvenir à s’en affranchir. Le personnage central manque d’épaisseur et peine à susciter une réelle empathie, tant son parcours semble écrit à l’avance. Le scénario, prévisible, déroule mécaniquement ses étapes sans surprise ni véritable tension dramatique. Faute d’un regard plus singulier sur son sujet, le film laisse l’impression d’un récit social appliqué mais sans relief. Une proposition finalement assez fade, qui ne parvient ni à renouveler les codes du genre ni à donner à son protagoniste la densité qu’il mériterait.

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