La Couleuvre Noire: un voyage funéraire bouleversant

Dans La Couleuvre noire, Aurélien Vernhes-Lermusiaux met en scène une procession funéraire d’une grande intensité, rappelant l’importance des défunts dans les rites colombiens. La Couleuvre noire s’impose comme un voyage à la fois émouvant et initiatique à travers les paysages arides du désert de la Tatacoa, territoire minéral chargé de mémoire.

Second long-métrage du cinéaste, présenté dans la section ACID du Festival de Cannes 2025, La Couleuvre noire explore l’intériorité d’une famille colombienne brisée par le deuil. Le récit suit un fils revenu auprès des siens pour accompagner sa mère mourante dans ses derniers instants. Déjà remarqué avec Vers la bataille, qui lui valut le prix Louis-Delluc du premier film, Vernhes-Lermusiaux poursuit ici une œuvre profondément habitée par la question de la mémoire et du lien aux disparus.

La Couleuvre noire déploie un ensemble de réflexions autour de l’appartenance — à une terre, à une lignée, à une histoire intime. À travers la figure d’un fils aimant, La Couleuvre noire esquisse une relation maternelle d’une grande délicatesse, où la proximité affective se devine dans les gestes plus que dans les mots. En filigrane d’un récit volontairement mystérieux, La Couleuvre noire propose une méditation sur la solidité des liens familiaux et la nécessité de perpétuer les rites. La maternité y est abordée avec pudeur, dans une retenue qui évite tout pathos.

Cette dimension intime s’inscrit dans un écrin visuel puissant. Le désert de la Tatacoa, filmé dans des teintes chaudes et presque irréelles, devient un personnage à part entière. Étendue hostile, brûlante et silencieuse, il accompagne la progression lente du convoi funéraire — un corps transporté à dos d’âne vers la terre des ancêtres. Dans La Couleuvre noire, le paysage, autrefois surnommé « vallée de la tristesse », semble absorber le deuil, le rendre presque tangible.

Dans sa mise en scène, La Couleuvre noire privilégie les plans larges, qui épousent la rudesse du territoire et accentuent la sensation d’errance. La seconde partie de La Couleuvre noire, plus mystérieuse encore, prend des allures de quête quasi spirituelle, où chaque pas rapproche autant de la destination que de l’épuisement. La Couleuvre noire flirte ainsi avec le documentaire, capturant la matérialité du désert tout en laissant affleurer une dimension symbolique.

Loin des représentations festives souvent associées à la mort en Amérique latine, La Couleuvre noire propose un deuil intériorisé, presque austère. Aucun débordement, aucune catharsis collective : seulement le poids du silence, et celui du corps à accompagner. Cette retenue confère à La Couleuvre noire une froideur assumée, qui peut parfois frôler l’insensibilité, mais qui s’accorde pleinement à l’environnement qu’il filme.

Au fil de ce voyage, La Couleuvre noire devient une œuvre sur la disparition autant qu’une expérience sensorielle. Étouffant, minéral, parfois déroutant, La Couleuvre noire s’impose comme un cinéma d’atmosphère, où la lenteur et le mystère ouvrent un espace de contemplation rare.

La bande-annonce:

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