Retrouvez cette semaine notre sélection de films à voir en streaming, dont Arco, de Ugo Bienvenu.
Sur Canal +

La Cache, de Lionel Baier
La Cache, réalisé par Lionel Baier, revisite avec humour et ironie les événements de Mai 68 à travers le regard d’un enfant de 9 ans, Christophe, réfugié chez ses grands-parents dans un appartement bourgeois parisien. Tandis que la contestation gronde dans les rues, la famille observe ces bouleversements avec une désinvolture teintée de contradictions, oscillant entre idéaux révolutionnaires et confort social. Entre interviews improvisées, satire du monde artistique et critique des institutions, La Cache égratigne les codes d’une bourgeoisie en quête de sens. À hauteur d’enfant, le récit offre un point de vue décalé, intime et parfois burlesque sur une période pourtant profondément politique. Michel Blanc, dans son dernier rôle, incarne un médecin en marge des conventions, apportant une touche d’émotion supplémentaire. Entre chronique familiale et fresque historique, La Cache séduit par sa sincérité, son humour et son regard original sur une France en pleine mutation.
Sur SOONER:

Dossier 137, de Dominik Moll
Dossier 137, réalisé par Dominik Moll, s’inscrit dans la continuité du réalisme quasi-documentaire de La Nuit du 12, en suivant une enquête rigoureuse sur la blessure d’un manifestant victime d’un tir de LBD. À travers le personnage de Stéphanie, inspectrice incarnée par Léa Drucker, le film plonge dans les rouages d’un système policier et judiciaire opaque, où les contradictions s’accumulent et où la vérité semble constamment mise à distance. Entre visionnage de vidéos, interrogatoires et rapports minutieux, Dossier 137 expose une mécanique institutionnelle qui tend à minimiser les faits et à protéger ses agents. Dans une mise en scène épurée, faite de silences et de plans fixes, le récit gagne en tension et en puissance politique. Le film met en lumière l’impunité persistante des violences policières, tout en donnant une place centrale à la parole des victimes. Porté par une Léa Drucker habitée, Dossier 137 s’impose comme un cinéma engagé, glaçant et profondément nécessaire.

Les Rêveurs, de Isabelle Carré
Les Rêveurs, premier long métrage de Isabelle Carré, s’inspire de son propre roman et de son adolescence marquée par un internement, pour proposer un regard délicat sur la santé mentale des jeunes. À travers Élisabeth, devenue comédienne et intervenant en ateliers d’écriture à l’hôpital Necker, le film tisse un dialogue subtil entre passé et présent, où les souvenirs ressurgissent par fragments. Dans ces séquences, Tessa Dumont-Janod incarne une adolescente internée avec une justesse bouleversante, évoluant dans un univers fragile où l’amitié, notamment avec le personnage joué par Mélissa Boros, devient un refuge essentiel. Sans jamais tomber dans le pathos, Les Rêveurs explore la mémoire, la reconstruction et la puissance de l’imaginaire comme échappatoire. La mise en scène, tout en douceur et en silences, privilégie l’écoute et l’observation, donnant au film une sincérité rare. Malgré quelques limites narratives, l’ensemble touche par sa sensibilité et son humanité, faisant de Les Rêveurs une œuvre modeste, mais profondément habitée.

Jean Valjean, de Eric Besnard
Jean Valjean, réalisé par Éric Besnard, propose une relecture intime du célèbre personnage de Victor Hugo en se concentrant sur une période clé : sa rencontre avec l’évêque Myriel. Porté par un Grégory Gadebois impressionnant, le film dépeint un ancien forçat marqué par la dureté de la vie et tiraillé entre vengeance et rédemption. Fidèle à son style, Besnard opte pour une mise en scène classique, aux décors rustiques et à l’atmosphère sombre, qui souligne la solitude et la marginalité du personnage. Jean Valjean s’éloigne du souffle épique des Misérables pour privilégier une approche introspective, centrée sur la transformation intérieure du héros. Ce choix, s’il peut frustrer les amateurs de fresques romanesques, permet d’explorer avec justesse la naissance d’un homme nouveau, entre misère et humanité. En s’attachant à cette transition fondatrice, le film livre une variation sobre et émouvante sur une figure mythique de la littérature.

Arco, de Ugo Bienvenu
Arco, premier long métrage d’animation de Ugo Bienvenu, se distingue par sa beauté plastique et son approche poétique mêlant science-fiction, écologie et récit initiatique. Le film suit un jeune garçon capable de voyager dans le temps, accidentellement propulsé dans un futur désenchanté où il rencontre Iris, une enfant isolée dans un monde dominé par la technologie et privé de lien humain. À travers leur amitié, Arco explore avec délicatesse la mémoire, la transmission et la nécessité de réapprendre à ressentir. Porté par une animation 2D d’une grande finesse, le film évoque un univers mélancolique où les couleurs s’effacent peu à peu, traduisant un monde en perte de repères. Refusant tout discours appuyé, Bienvenu privilégie la suggestion, le silence et l’émotion, donnant à son œuvre une singularité rare. Malgré quelques flottements narratifs, Arco séduit par sa pudeur et sa sensibilité, laissant une impression durable, à la fois fragile et profondément humaine.

Que ma volonté soit faite, de Julia Kowalski
Présenté à la Quinzaine des Cinéastes, Que ma volonté soit faite de Julia Kowalski explore un territoire trouble, à la croisée du drame rural et de l’horreur organique. Le film suit Nawojka, une jeune agricultrice hantée par une malédiction liée à ses désirs, dont les manifestations contaminent peu à peu son corps et son environnement. L’arrivée de Sandra agit comme un catalyseur, transformant leur relation en une passion dangereuse où le désir devient destructeur. Dans une atmosphère terreuse et oppressante, Kowalski construit un univers marqué par la frustration, la superstition et la violence, évoquant autant Massacre à la tronçonneuse que Les Chiens de paille. Sans céder aux effets spectaculaires, la réalisatrice privilégie une approche lente et viscérale, où la peur s’installe progressivement. À travers Nawojka, incarnée avec intensité par Maria Wrobel, le film interroge la place du désir féminin dans une société répressive. Entre monstruosité et émancipation, Que ma volonté soit faite s’impose comme une œuvre charnelle, politique et profondément singulière.
