Critique-Entroncamento: entre le bien et le mal

Présenté dans la section ACID du Festival de Cannes 2025, Entroncamento, de Pedro Cabeleira, est un film de gangsters au féminin, sur le choix entre la raison et l’immoralité, sur fond de trafic de drogue.

Entroncamento est une ville où arrive Laura, une jeune femme fuyant un passé agité. Animée par certaines convictions, elle va finir par se conformer à la pauvreté ambiante, choisissant le deal comme moyen de survie.

Le cinéaste Pedro Cabeleira, qui signe son deuxième long métrage, s’immerge dans les méandres tortueux et violents de l’univers du trafic de drogue, d’abord représenté sous le prisme masculin et de l’argent qui coule à flots. Le terrain social intervient en arrière-plan : une ville fiévreuse et modeste, où la survie passe par des choix défiant la justice. Dans ce cadre, Laura se pose en pendant féminin des adeptes de la gâchette, un personnage caractérisé par l’appât du gain et l’attrait facile de la vente de produits stupéfiants. La mise en scène de Cabeleira, lente et sombre, se gorge de plans méticuleux où la descente vers les tréfonds de l’immoralité se double de séquences qui font d’Entroncamento un film de petits parrains locaux, prêts à se faire la guerre, surtout d’une effrayante galerie de profils animés par le désir d’empocher les billets de banque.

Souvent radical, et mené comme un film policier où les actions lentes décrivent une tendance à choisir le mal plutôt que le bien, Entroncamento se pose en vision du réel, sur l’impact des trafics juteux dans une petite bourgade désespérée. Au centre, la petite femme frêle devient une dure à cuire, prête à sauver sa peau pour quelques grammes de barrettes. Sans être psychologiquement ni physiquement violent, le film expose, par touches esthétiques sombres, l’aspect bétonné de la misère urbaine et des photographies nocturnes inquiétantes. Entroncamento se plaît à modéliser ce qui fait le terreau de la petite délinquance, que ce soit dans la pierre austère ou dans la présence de celles et ceux qui font marcher cette plaque tournante.

Entroncamento est une histoire de femmes dans un milieu d’hommes, un aspect original qui adopte le point de vue du sexe opposé, davantage dominé par l’idée de réussir en douceur que d’imposer une véritable patte criminelle. Comme Pixote, de Hector Babenco, ce long métrage répond à une problématique récurrente : choisir entre la bonne et la mauvaise moralité. En moins sec et sanglant que le film brésilien, tout passe par la prégnance de la loi du plus fort, que la jeune dealeuse essaie de modeler à sa sauce face à la puissance des autres. Non pas une héroïne, mais quelqu’un qui opte pour le mauvais côté des barreaux de la justice, Laura se fraie un chemin.

Sur un peu plus de deux heures, Entroncamento captive parce qu’il dilue son message alarmant dans une forme de drame social où rien ne se devine, où l’attente d’un dénouement reste dominante et palpable. C’est davantage le parcours de son personnage principal qui met en lumière les défis permanents liés au trafic, cette image de mafieuse déjà chevronnée dans l’économie du produit vendu, qui étonne dans cette seconde réalisation prometteuse et ambitieuse. Dans sa mise en scène, Cabeleira distille de rares moments d’ébullition, quelques règlements de comptes, les figures sempiternelles des gros et des petits bonnets : tout concourt à une atmosphère volontairement axée sur les guerres de gangs et un naturalisme social dépeignant l’envers du décor de cette localité portugaise minée par un désordre économique chaotique.

Entroncamento méritait bien sa sélection dans la section ACID et porte le message d’une bascule vers une délinquance choisie, en dépit des dangers, même si le film résonne également comme un appel à des améliorations sociétales.

La bande-annonce:

Laisser un commentaire