Critique-I Want Your Sex: fou et sulfureux

Avec I Want Your Sex, Gregg Araki signe un retour fracassant, porté par une conception cinématographique toujours aussi colorée, mais également profondément subversive.

Quiconque connaît le cinéma de Gregg Araki reconnaîtra en quelques secondes son style résolument trash, audacieux et sulfureux. I Want Your Sex raconte la relation aussi improbable que sexuellement suggestive entre Erika, une artiste provocatrice fascinée par le désir, et Elliott, un jeune homme naïf et crédule qui se jette dans les bras de sa fantasque et délurée patronne.

Comme à son habitude, le cinéaste exploite le thème de la marginalité à travers ce personnage de jeune adulte paumé qui accepte un emploi pour le moins atypique auprès d’une femme située à l’exact opposé de lui. Tout le sel du long-métrage réside dans le décalage entre ces deux personnalités, dont la proximité déséquilibrée se construit autour du plaisir charnel et d’attentes libidinales démesurées. Araki livre ainsi une œuvre fidèle à son univers, renouant avec ses thèmes de prédilection, même s’il s’éloigne ici légèrement du sujet queer pour s’intéresser à un duo hétérosexuel.

L’ambiance repose sur une esthétique pop, funk et saturée de couleurs, multipliant les trouvailles visuelles jusqu’à évoquer un clip musical baigné de néons. Dans cette atmosphère oscillant entre le fantasque et le too much assumé, le récit interroge les normes sociales et sexuelles. I Want Your Sex est une comédie à la verve caustique qui fait de la subversion son principal moteur. Le désir y devient un véritable rapport de force entre domination et soumission, au sein d’un récit qui joue constamment avec la provocation, le décalage et le refus des conventions narratives traditionnelles.

Moins critique que certains de ses précédents films, I Want Your Sex conserve néanmoins une réflexion sur les travers humains en mettant en scène des personnages évoluant dans un univers underground où le manque de repères nourrit une marginalité séduisante. Le film renouvelle avec gourmandise la notion de fantasme exacerbé, thème central de cette œuvre stylisée qui provoque sans jamais réellement franchir la ligne rouge, rendant l’ensemble étonnamment accessible.

Dans sa mise en scène, outre une palette de couleurs particulièrement saturée, Araki privilégie une caméra relativement sobre, évitant de multiplier les effets de style. Il place régulièrement son personnage féminin au centre du cadre, faisant de ses costumes sensuels de véritables éléments narratifs. Les œuvres d’art disséminées dans les décors, flirtant constamment avec la sexualité, prolongent cette réflexion sur le désir et la représentation du corps. Le réalisateur brouille également les pistes en faisant glisser son film de la comédie vers le thriller érotique, dans un équilibre constamment maîtrisé. Finalement, I Want Your Sex séduit autant par son sens du divertissement que par son esthétique théâtrale, où le comique de situation côtoie une sexualité omniprésente avec un plaisir communicatif.

La bande-annonce:

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