Critique-Le Berger et les ours: pastoralisme et protection

Le Berger et les ours, réalisé par Max Keegan, prend des airs de fiction en racontant la guerre des éleveurs face à la présence des ursidés dans les massifs pyrénéens. Le film devient le symbole d’une crainte grandissante face à la préservation de l’animal.

Yves, berger vieillissant, approche de la retraite. Aidé d’une jeune femme, il veille sur son troupeau de moutons dans les montagnes, où chaque bête est une victime potentielle du prédateur. Au sein de la communauté pastorale, l’ours suscite une inquiétude permanente, au point de redéfinir l’avenir même de l’élevage.

Le documentariste Max Keegan place sa caméra au cœur de la ruralité, d’une agriculture menacée, au centre d’une cohabitation imposée entre l’homme et l’animal. Le Berger et les ours saisit immédiatement les enjeux, nourris par la contestation de la réintroduction de l’ours dans les années 1990 et par le nombre croissant d’individus menaçant les exploitations. Entre discours politiques et peur de perdre des bêtes, victimes des crocs et des griffes de l’imposant mammifère, les images, de jour comme de nuit, relatent le combat quotidien d’un berger pour protéger son troupeau, avec le spectre de la prédation tapi dans l’ombre.

Ainsi, Le Berger et les ours revêt une dimension fictionnelle, guidée par la volonté d’instaurer une dramaturgie et de laisser place à l’imagination, tant l’ours demeure furtif et rarement montré à l’écran. Tout n’est que suggestion, jusqu’à ce que les carcasses ensanglantées jonchent le sol au lendemain d’une nuit inquiétante. De cette confrontation naît un documentaire d’une grande utilité, explorant l’opposition entre les lois de protection de la faune et un secteur professionnel fragilisé par les conséquences de cette cohabitation. Yves, proche de la retraite, devient alors le symbole d’un éleveur qui craint la disparition progressive de son métier. Le Berger et les ours montre comment la préservation de la biodiversité se heurte à l’hostilité de ceux qui souhaitent avant tout voir perdurer les pratiques pastorales.

Dans sa forme, Le Berger et les ours convainc par son léger souffle militant, nuancé par quelques interventions politiques saluant le fruit de plusieurs décennies de travail consacrées à la réimplantation d’un animal autrefois disparu des Pyrénées. Dans sa petite maison nichée au sommet des montagnes, Yves, sa jeune employée et les autres bergers sont filmés comme les gardiens d’un territoire, scrutant les crêtes à la recherche d’une menace annoncée, guidés par les aboiements des chiens et les longues nuits de surveillance. La démarche de Max Keegan est claire : filmer cette réalité avec bienveillance, sans occulter les tensions ni les appels à une chasse de grande ampleur visant à réduire les populations d’ursidés. Chaque plan, baigné de lumières éclatantes ou plongé dans l’obscurité, participe ainsi à une mise en scène centrée sur la persistance des traditions, dans un monde où l’agriculture française est confrontée à des difficultés économiques croissantes et à de profondes remises en question.

Plus que jamais, le fossé entre les décideurs politiques et les travailleurs de terrain se creuse, une fracture que Le Berger et les ours explore sous toutes ses facettes. Mais le documentaire possède également une véritable dimension pédagogique, rappelant l’importance de la conservation de la faune et du rôle des chaînes alimentaires dans l’équilibre des écosystèmes. Il revient sur le processus de réintroduction de l’ours et souligne son succès, avec 108 spécimens recensés en 2025 par l’Office français de la biodiversité. Cette réussite nourrit pourtant une forte tension entre les défenseurs du pastoralisme et les partisans de la protection de l’espèce, alors que les massifs ariégeois demeurent le théâtre de découvertes régulières d’ours abattus par balles. Malgré son constat sévère des difficultés d’un « vivre-ensemble » encore fragile, Le Berger et les ours ne plaide jamais pour une solution radicale. Max Keegan préfère adopter une position en retrait, laissant s’exprimer le regard inquiet et profondément humain d’un berger confronté à un monde en pleine mutation.

La bande-annonce:

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