Critique- L’Inconnue: un fantasme lynchien

Présenté en sélection officielle au Festival de Cannes 2026 et adapté de la bande dessinée Le Cas David Zimmermann, L’Inconnue est aux antipodes d’Onoda. Arthur Harari y compose un récit aux accents lynchiens, sur fond d’échanges corporels. Une proposition singulière.

Après Onoda, Arthur Harari change de registre. Son David Zimmermann évolue comme un personnage fantomatique qui rencontre une femme. Au bout de la nuit, il se retrouve dans le corps de l’inconnue.

Avec un tel synopsis, l’influence de David Lynch apparaît rapidement. Non pas par imitation, mais par cette façon de construire un récit où le mystère prend le pas sur toute logique. Arthur Harari fait du body swap le point de départ d’un cinéma de l’étrange, où chaque scène déplace les repères du spectateur. Comme chez Lynch, les rêves, les fantasmes et la réalité finissent par se confondre, laissant place à plusieurs interprétations. Plus qu’un simple exercice fantastique, L’Inconnue utilise l’irrationnel pour questionner l’identité et le désir.

Se rapprochant de Lost Highway, L’Inconnue emprunte également à Mulholland Drive les thèmes de la rêverie et d’une existence fantasmée. Harari opère une rupture de ton et développe une réflexion identitaire moins fragmentée que celle de son modèle. Sans artifices scénaristiques, il choisit de laisser subsister le doute. Cette liberté narrative oblige le spectateur à reconstituer lui-même la chronologie des événements et les liens entre les personnages.

L'Inconnue

Le fascinant constitue le véritable fil conducteur de L’Inconnue, un parcours parfois difficile à suivre, au gré d’un jeu permanent sur les identités, dans lequel se glisse un plaisir fantastico-horrifique doublé d’une attirance troublante pour le malsain. Dans une forme cinématographique imprégnée d’hallucinations, le spectre du photographe, figure autant fantasmée que désirée, relève du mythe de la créature autant que du rêve, symbolisant cette frontière ténue entre le réel et l’imaginaire, à la manière de Mulholland Drive, où tout est affaire d’interprétation. L’Inconnue se prête même à une double lecture, tant Harari entraîne son spectateur dans un véritable labyrinthe existentiel, à la recherche d’une vérité insaisissable : qui est réellement David ? Que fait-il ?

Sur le plan de la mise en scène, Arthur Harari emboîte le pas de son personnage, la caméra se fondant dans ses mouvements. Le cinéaste privilégie la contemplation à la démonstration, composant de nombreuses scènes où les bizarreries fantastiques se mêlent à un naturalisme troublant. L’ambiance et le jeu des interprètes reposent sur un subtil basculement psychologique qui donne toute sa crédibilité au procédé du body swap. L’ensemble progresse avec cohérence jusqu’à un climax résolument inquiétant, nourri par une imagination aussi foisonnante que maîtrisée.

Les décors, volontairement épurés, révèlent un paysage en perpétuelle mutation, où l’ancien s’efface progressivement au profit du neuf, renforçant l’idée d’une œuvre sur la perte de l’identité. Chaque composition accompagne les bouleversements psychologiques des protagonistes et accentue cette impression spectrale qui flotte au-dessus du monde des vivants, brouillant sans cesse la frontière entre le réel et l’irréel.

L’un des principaux atouts de L’Inconnue réside enfin dans le jeu de Niels Schneider et Léa Seydoux. Leurs gestes et leurs attitudes donnent une véritable épaisseur aux échanges de corps, chacun adoptant un mimétisme d’une grande précision, sans jamais tomber dans la démonstration. Évoluant dans un registre essentiellement minimaliste, les deux interprètes parviennent à intérioriser leurs personnages avec une remarquable justesse, renforçant le pouvoir hypnotique d’un récit qui entretient volontairement le trouble et invite le spectateur à participer pleinement à cette expérience de cinéma immersive.

La bande-annonce:

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