Découvrez notre sélection hebdomadaire de films à regarder en streaming, dont Derrière les palmiers, réalisé par Meryem Benm’Barek.
Sur Sooner:

Derrière les palmiers, de Meryem Benm’Barek
Dans Derrière les palmiers, Meryem Benm’Barek raconte le destin de Mehdi, un jeune Marocain partagé entre Selma, issue de son milieu d’origine, et Marie, une Française expatriée. À travers ce triangle amoureux, le film oppose deux univers sociaux et culturels : les traditions marocaines, marquées par le poids de la famille, et une vie occidentale plus aisée, qui attire Mehdi. Incapable de choisir entre ses deux vies, il mène un double jeu qui l’isole progressivement et met ses valeurs à l’épreuve. Les mensonges et les non-dits transforment peu à peu l’histoire en thriller social, jusqu’à un point de rupture. Le film interroge également la place du mariage, de la famille et de la fidélité dans ces deux sociétés. Le personnage de Selma, interprété avec justesse par Nadia Kounda, apparaît particulièrement touchant. À l’inverse, Marie semble plus distante des réalités qui l’entourent. Le titre du film symbolise enfin le contraste entre l’image idyllique des expatriés et la réalité quotidienne des habitants locaux, tout en rappelant que chacun doit finir par assumer les conséquences de ses choix.
Sukkwan Island, de Vladimir de Fontenay

Dans Sukkwan Island, Vladimir de Fontenay explore la relation complexe et toxique entre un père fragile et son fils, partis vivre dans une cabane isolée au cœur d’un environnement hostile. Adapté du roman de David Vann, le film brouille volontairement les frontières entre réalité, imagination et hallucination. La survie face aux éléments devient progressivement le reflet des tensions psychologiques qui opposent les deux personnages. La temporalité instable entretient le malaise et plonge le spectateur dans un récit où les repères disparaissent peu à peu. À mesure que l’histoire avance, les projections et les hypothèses prennent le dessus, révélant la dérive mentale du père et la souffrance du fils. Le film mise ainsi davantage sur le mystère et l’atmosphère que sur l’intensité émotionnelle du roman. Malgré cela, il reste imprévisible et maintient une tension constante jusqu’au point de rupture. Swann Arlaud se distingue par une interprétation troublante d’un homme partagé entre lucidité et dérive intérieure. Sukkwan Island propose finalement une réflexion sombre sur les liens familiaux et la toxicité qui peut les traverser.
La Fille du Konbini, de Yusho Ishibashi

Dans La Fille du Konbini, Yûho Ishibashi raconte la reconstruction de Nozomi, une jeune Japonaise victime d’un burn-out après avoir quitté un emploi très exigeant. Désormais employée dans une supérette de quartier, elle mène une vie solitaire, jusqu’à ce qu’elle retrouve une ancienne amie et renouvelle progressivement ses liens avec les autres. Cette nouvelle vie l’aide peu à peu à retrouver confiance et à envisager son avenir différemment. À travers son parcours, le film aborde la pression professionnelle et les difficultés liées à une culture du travail particulièrement exigeante au Japon. Nozomi doit notamment apprendre à trouver un équilibre entre un emploi rassurant mais peu épanouissant et une carrière plus ambitieuse, mais potentiellement épuisante. Le film évoque aussi la pression familiale et la honte ressentie après une démission. Par son rythme lent et ses scènes répétitives, il traduit avec sobriété la solitude et l’état dépressif de la jeune femme. La Fille du Konbini propose ainsi une réflexion sensible sur le travail, la reconstruction et la recherche d’un sens à sa vie.
Anemone, les racines du mensonge, de Ronan Day-Lewis

Pour son premier long-métrage, Ronan Day-Lewis dirige son père Daniel Day-Lewis, sorti de sa retraite pour incarner Ray Stoker dans Anemone. Vivant en ermite au cœur d’une forêt, Ray s’est éloigné du monde après un passé marqué par la violence et les blessures familiales. L’arrivée de son frère, joué par Sean Bean, vient bouleverser cet équilibre fragile et fait ressurgir des conflits longtemps enfouis. À travers ce face-à-face, le film évoque le poids du passé, la transmission et la nécessité de se retirer pour se préserver. Ronan Day-Lewis privilégie une mise en scène sobre et contemplative, où la forêt devient le reflet de l’état intérieur du personnage. Daniel Day-Lewis livre une interprétation toute en retenue, fondée sur les silences et les expressions plutôt que sur les effets. Malgré un rythme parfois très lent et quelques symboles appuyés, Anemone séduit par sa cohérence et son intimité. Le film apparaît finalement comme un dialogue artistique entre un père et son fils, autour du silence, de la mémoire et de la création.
Sur CINE+OCS:
Urchin, de Harris Dickinson

Pour son premier film, Harris Dickinson raconte dans Urchin l’itinéraire de Mike, un homme sans domicile qui tente de sortir de la marginalité après un passage en prison. Entre petits boulots, larcins et rechutes, il cherche à reprendre sa vie en main, mais reste prisonnier de ses vieux démons. Le film décrit une spirale d’autodestruction et les difficultés à échapper à une société qui laisse peu de place aux plus fragiles. Frank Dillane incarne avec justesse un personnage partagé entre son envie de mener une vie normale et son incapacité à en adopter les codes. Proche du réalisme social de Ken Loach, Urchin montre une Angleterre populaire marquée par la précarité et le désenchantement. Dickinson apporte toutefois un regard plus contemporain et subversif sur cette histoire de survie. Malgré une certaine lourdeur et un pessimisme parfois excessif, le film se distingue par son approche directe et une fin originale.
