La Cache, du cinéaste suisse Lionel Baier, revient sur les événements de mai 1968 en narrant, non sans burlesque et dérision, cette période charnière de l’histoire politique française. Il s’agit du dernier film tourné par le regretté Michel Blanc.
Christophe, 9 ans, vit les événements de mai 68, planqué chez ses grands-parents, dans l’appartement familial à Paris, entouré de ses oncles et de son arrière-grand-mère. Tous bivouaquent autour d’une mystérieuse cache, qui révèlera peu à peu ses secrets…
Dans le confort d’un appartement situé rue de Grenelle, à Paris, une famille observe de loin cette période de mai 1968, entraînant son lot de manifestations et de contestations. Du grand-père au petit-fils, tous affichent une certaine désinvolture, un je-m’en-foutisme doublé de tentations révolutionnaires, presque anarchiques, marquées par les différences de classes sociales. La tante fabrique des interviews fignolées à l’arrache, avec un micro donnant la parole aux classes ouvrières, aux laissés-pour-compte. Michel Blanc incarne un médecin peu enclin à entrer à l’Académie de médecine, un repaire de l’élite bourgeoise. Les oncles jouent les incrustés dans les vernissages, où des peintres sans talent exposent en galerie. Du haut de sa petite taille enfantine, Christophe se mue en observateur, décortiquant ainsi les pratiques peu orthodoxes d’un clan familial dominé par des idées de gauche et prônant un rêve de liberté sociale. Légèrement burlesque, La Cache égratigne les us et coutumes d’une société de 1968 marquée à la fois par la prospérité liée aux Trente Glorieuses, l’instabilité structurelle et les grands écarts sociaux. Le film offre un regard nouveau et fantaisiste sur un moment pourtant délicat, puis véhicule un message soixante-huitard tournant en dérision les classes sociales les plus aisées, avec bon nombre de clichés existant encore actuellement.
La Cache serait presque un film historique tant il décrit un monde français en mouvement, désireux de changements profonds, où Charles de Gaulle n’est plus vraiment en odeur de sainteté. Celui-ci y est même caricaturé, voire critiqué avec une belle ironie, comme le porte-étendard d’un système gouvernemental sur le déclin. En revisitant l’histoire, La Cache devient original, subtilement burlesque, et cette petite bande de joyeux drilles devient d’affables témoins des mutations socio-économiques françaises. Surtout, le film étant vu quasiment à hauteur d’enfant, mai 1968 nous est raconté par le biais du prisme familial, et non pas par des personnes battant le pavé dans les rues parisiennes. Malgré la présence des clichés, qui abondent encore aujourd’hui sur les bourgeois et les plus modestes, La Cache parvient à être intéressant, drôle, authentique et aussi sincère. Il s’agit malheureusement de l’ultime film tourné par Michel Blanc. La prestation de ce dernier n’en est que plus touchante.
La Cache, de Lionel Baier, en salles le 19 mars 2025.
Note :
3,5/5
