Pour son nouveau long-métrage, L’Étrangère, Gaya Jiji s’inspire de sa propre expérience de femme exilée. Un récit sur le poids du déracinement et de l’inconnu.
Selma est une jeune femme syrienne ayant fui la Syrie pour la France. À Bordeaux, elle se retrouve sans son fils ni son mari, emprisonné dans une geôle du régime. Débute alors un processus pour réunir sa famille et l’esquisse d’un désir de reconstruction. Avec l’aide d’un avocat, elle va pouvoir entamer ce nouveau parcours.
L’Étrangère se situe dans la veine des films traitant du réel, d’un drame humain contemporain : celui des migrations forcées causées par les bouleversements politiques d’un pays. Le destin ici décrit devient un miroir de la décision de s’exiler pour fuir les persécutions. Selma représente le témoignage de ces femmes contraintes de se construire un nouvel avenir ailleurs. La cinéaste s’inspire de son propre vécu pour narrer ce récit empreint de déracinement et montrer les conséquences humaines d’un exil contraint.
Dans la ville bordelaise, le personnage se fraie un chemin en travaillant dans un restaurant, tout en espérant l’arrivée de son jeune fils en France. Le sel de l’intrigue réside dans cet espoir et les tentatives désespérées d’une femme obligée de vivre dans l’incertitude. Zar Amir incarne ce rôle de réfugiée qui fait écho à sa propre existence. L’actrice se dote d’un investissement total pour retranscrire les failles émotionnelles d’une personne au cœur tiraillé. Dans sa mise en scène, Gaya Jiji l’enferme comme dans un étau, privilégiant la contemplation, les longs silences et les plans rapprochés sur le visage de sa protagoniste.
Gaya Jiji compose avec des unités de lieux minimalistes pour filmer l’isolement d’une Selma sans repères dans l’espace bordelais. Quelques mètres séparant la brasserie du cabinet d’avocats et de son appartement en souplex symbolisent cet effet d’enfermement et de marginalité sociale. Les lieux choisis participent à la sensation de cellule et d’une vie coincée dans une forme de survivance mentale et physique.
L’Étrangère réussit le pari de retransmettre le poids du déracinement et de l’inconnu, tout en mettant en image un exemple du drame migratoire. La réalisatrice livre un peu d’elle-même dans ce récit, tout en y incluant une touche sentimentale. La relation entre Jérôme (Alexis Manenti) et Selma se passe de mots, puisque la proximité se révèle à coups de séquences silencieuses, de désirs et d’une envie de reconstruction amoureuse. Pilier d’un récit porté vers l’émotion, cet amour platonique se nourrit de l’inquiétude et de pulsions humaines.
Voilà pourquoi L’Étrangère devient un film utile, porté par une interprétation de qualité et un message sur le sort des populations soumises aux pressions internes. Un témoignage sur la notion d’exil, ici traitée comme une matière cinématographique.
La bande-annonce:
