Avec D’où vient le vent, la cinéaste Amel Guellaty focalise son regard sur les espoirs et les désillusions d’une jeunesse tunisienne au cœur d’un pays autocratique et conservateur. Une vibrante méditation sur la quête de liberté et d’un avenir meilleur.
Alyssa et Mehdi sont deux jeunes opportunistes. La jeune femme décide d’inscrire son ami à un concours de dessin. Pour rejoindre Djerba, ils prennent la route, dans l’espoir d’obtenir un billet vers l’ascension sociale et de quitter la Tunisie.
Amel Guellaty filme ces deux protagonistes, unis par une amitié fusionnelle, en refusant les étiquettes traditionnelles. Cette relation devient la grande matrice émotionnelle de l’œuvre. La confusion des sentiments se dessine : sont-ils amis ou amoureux ? Le récit cultive habilement cette ambiguïté, laissant planer le doute sur cette proximité qui se mue progressivement en une passion naissante. Le voyage entrepris par les deux jeunes se transforme alors en une quête de profondeur humaine plus qu’en un simple désir de rêver à une autre existence, loin des terres tunisiennes.
La réalisatrice emprunte avec subtilité les codes du road movie. Ce périple chaotique à travers les paysages désertiques, guidé par un objectif précis, nourrit instantanément cette touchante sous-intrigue qui rapproche deux êtres tournant autour de leurs sentiments sans jamais réellement les formuler. La forme choisie par Amel Guellaty fait de la route un espace d’aventure, mais surtout de découverte de soi et de l’autre, loin des regards et des contraintes imposés par la société.
La mise en scène capte, dans chaque plan, les tressaillements d’émotions brutes, avec une grande justesse, magnifiés par une photographie texturée où les variations de couleurs accompagnent les états d’âme des personnages. Elle instaure une belle symbiose entre les interprètes et la lumière, créant une véritable sensorialité. D’où vient le vent ose également intégrer des séquences animées qui ne relèvent jamais du simple gadget visuel. Elles traduisent l’intériorité d’Alyssa et donnent une dimension onirique à son désir d’ailleurs, illustrant avec délicatesse sa détermination à rêver d’un avenir meilleur.
La réussite du film tient beaucoup à la complémentarité de ses deux interprètes, Eya Bellagha et Slim Baccar. Le duo forme une opposition féconde entre retenue intériorisée et énergie débordante. Cette alchimie nourrit l’attachement aux personnages et renforce l’empathie du spectateur. Avec D’où vient le vent, Amel Guellaty signe ainsi un premier long métrage vibrant, mélancolique et profondément ancré dans la réalité économique et sociale de la Tunisie.
La bande-annonce:
