Découvrez notre sélection hebdomadaire de films à regarder en DVD et en Blu-Ray, dont L’Intérêt d’Adam, réalisé par Laura Wandel.
EN DVD:
Palestine 36, de Annemarie Jacir

Avec Palestine 36, AnneMarie Jacir revient sur l’année 1936, alors que la Palestine est sous mandat britannique et que les tensions liées à l’arrivée croissante de populations juives s’intensifient. À travers cette fresque historique et politique, la cinéaste cherche à éclairer les racines du conflit israélo-palestinien contemporain. Le film suit notamment la révolte des paysans arabes contre l’administration britannique et les ambitions coloniales qui transforment progressivement le territoire. Jacir montre une population palestinienne confrontée à la répression et à une armée mieux équipée, tout en replaçant les événements dans leur contexte historique.
La mise en scène adopte un rythme progressif, presque documentaire, pour dérouler les faits et faire comprendre les mécanismes qui mèneront aux bouleversements des décennies suivantes. Sans glorifier la violence, le film s’attache aux conséquences humaines de cette période et donne une place importante aux populations palestiniennes. L’œuvre évoque également les dimensions religieuses et identitaires qui nourrissent les revendications des deux communautés. En remontant aux origines du conflit, Palestine 36 se veut ainsi une fresque pédagogique et politique destinée à mieux comprendre l’histoire complexe de la région.
Sukkwan Island, de Vladimir de Fontenay

Sukkwan Island, de Vladimir de Fontenay, explore la relation trouble et toxique entre un père fragile et son fils, partis vivre isolés dans une cabane au cœur d’un environnement hostile. Adapté du roman de David Vann, le film brouille progressivement les frontières entre réalité, imagination et hallucination. Les temporalités se mêlent, plongeant le spectateur dans un récit volontairement labyrinthique où la tension psychologique ne cesse de monter. Face aux difficultés de la survie, les conflits familiaux deviennent le véritable danger. Le père, interprété par Swann Arlaud, apparaît comme un homme instable, marqué par une profonde dérive intérieure.
Le film suit ainsi la lente désagrégation du lien entre les deux personnages, constamment au bord de la rupture. Moins puissant que le roman, mais efficace dans sa construction du mystère, Sukkwan Island mise davantage sur le fictif et l’ambiguïté. Son atmosphère froide et oppressante renforce le malaise et la sensation de perdre ses repères. Entre violence, douleur et projections mentales, le film propose une réflexion troublante sur la toxicité des liens familiaux.
Pour Klára, de Olmo Olmerzu

Avec Pour Klára, Olmo Omerzu aborde l’anorexie à travers le parcours d’une adolescente en vacances en Croatie avec son père et son frère. Fragile et enfermée dans la maladie, Klára retrouve progressivement goût à la vie lorsqu’elle tombe amoureuse de Denis, un jeune pêcheur local. Sans jamais glorifier la maigreur ni réduire son personnage à ses symptômes, le réalisateur filme avec justesse l’évolution de la jeune fille et l’influence de cette relation sur son état. Mais un événement brutal vient interrompre cette parenthèse et conduit Klára à l’hôpital, où elle s’accroche à l’espoir de retrouver son amoureux. En parallèle, le film observe une famille fragilisée par la maladie et la séparation récente des parents, dont les causes restent volontairement ambiguës. Toute leur attention se concentre sur Klára, au risque de délaisser son jeune frère Teo, contraint de supporter seul cette situation.
Avec un rythme calme et une mise en scène sans dramatisation excessive, Omerzu montre les conséquences de la maladie sur l’ensemble de la cellule familiale. Pour Klára interroge ainsi les réactions face à l’anorexie et souligne l’importance des liens sincères, capables d’apporter soutien, espoir et parfois un véritable élan vers la guérison.
Derrière les palmiers, de Meryem Benm’Barek

Avec Derrière les palmiers, Meryem Benm’Barek poursuit l’exploration des tensions sociales et des rapports de pouvoir amorcée avec Sofia. À Tanger, Mehdi, jeune architecte travaillant dans l’entreprise familiale, tombe sous le charme de Marie, une Française issue d’un milieu fortuné installé au Maroc. Leur attirance révèle rapidement un profond déséquilibre social, entre fascination, désir et ambition. La villa de Marie, chargée d’héritages coloniaux, devient le symbole d’un monde privilégié auquel Mehdi aspire autant qu’il se sent étranger. À travers les silences, les espaces et les différences de langage, la réalisatrice fait apparaître les hiérarchies invisibles qui structurent leur relation. Mehdi se retrouve alors partagé entre Marie, qui incarne une promesse d’ascension, et Selma, qui représente une vie plus stable et familière.
Le film interroge ainsi les liens entre amour, désir et recherche de reconnaissance sociale. Avec une mise en scène élégante et une photographie solaire, Benm’Barek dévoile les fractures de classe et les héritages postcoloniaux sans jamais sombrer dans le didactisme. Un film subtil et troublant qui confirme la singularité de son regard.
EN BLU-RAY:
L’Intérêt d’Adam, de Laura Wandel

Avec L’Intérêt d’Adam, Laura Wandel poursuit son cinéma social en s’intéressant cette fois au monde hospitalier et au rôle essentiel des infirmières. Le film suit Lucy, infirmière en chef interprétée par Léa Drucker, confrontée au cas d’Adam, un enfant dénutri dont la mère semble dépassée par sa situation. Face à cette détresse, Lucy dépasse progressivement les limites de sa fonction médicale pour intervenir sur le terrain social et familial. Dans un hôpital filmé comme un huis clos, la réalisatrice installe une tension constante, portée par une mise en scène immersive et des plans rapprochés. La confrontation entre Lucy et la jeune mère révèle les failles d’un système hospitalier confronté à des problèmes qui dépassent largement le soin. Le film souligne ainsi la frontière fragile entre médecine, accompagnement psychologique et travail social.
Fidèle à son approche réaliste, Wandel privilégie les gestes, les corps et les silences pour traduire l’épuisement des soignants. Malgré un récit resserré, l’émotion reste forte, notamment grâce à la présence de l’enfant et à la précarité de sa situation. Léa Drucker livre une interprétation intense, entre détermination, générosité et fatigue. Un film sobre et engagé sur l’impuissance des institutions et les limites d’un métier profondément humain.
La Danse des renards, de Valery Carnoy

Avec La Danse des renards, Valéry Carnoy explore la quête d’identité et de maturité à travers le parcours de Camille, jeune boxeur talentueux vivant dans un internat sportif. Après une chute, une douleur mystérieuse s’installe et bouleverse ses certitudes, ses performances et son rapport à lui-même. Interprété avec intensité par Samuel Kircher, Camille évolue dans un univers marqué par la compétition, la camaraderie mais aussi une forte pression masculine. À travers les entraînements et les rivalités, le film interroge la virilité, les violences physiques et les tourments de l’adolescence. L’internat devient un huis clos oppressant, symbole d’un système obsédé par la performance et l’excellence. Face à ces attentes, Camille se fragilise et semble prêt à remettre en question son propre corps et ses ambitions.
Carnoy entretient habilement le mystère autour de cette douleur, tout en décrivant un collectif traversé par les égos, la méfiance et le désir de réussir. Le film dépasse ainsi le simple récit sportif pour proposer une critique de la pression sociale et de la quête de perfection. Porté par de jeunes interprètes convaincants, La Danse des renards livre un portrait sensible et tendu de la masculinité adolescente.
Plus fort que moi, de Kirk Jones

Plus fort que moi, de Kirk Jones, raconte l’histoire vraie de John Davidson, atteint du syndrome de Gilles de la Tourette, sans tomber dans les pièges du biopic classique. Le film montre sans détour les tics, les cris et les insultes involontaires qui rythment son quotidien, mais surtout le rejet et l’incompréhension qu’il subit. Son adolescence est marquée par l’isolement, la violence scolaire et un environnement familial difficile, où le regard des autres devient parfois plus pesant que la maladie elle-même. Soutenu par des figures bienveillantes, John apprend progressivement à mieux comprendre son trouble et à reprendre le contrôle de sa vie. Cette évolution transforme la honte en parole et l’expérience personnelle en combat contre les préjugés.
Avec sobriété, Kirk Jones privilégie l’émotion juste aux effets dramatiques. Porté par des interprétations précises et sincères, le film accompagne le passage de la souffrance à l’acceptation. Plus qu’un récit biographique, Plus fort que moi défend la compréhension et rappelle que la différence ne devrait jamais être une raison d’exclure.
